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BLOGUE DU FNC 3 - par Gilles Marsolais

2010-10-16

LA FAIM ET LES MOYENS

    Après la présentation de quelques films-chocs dès le premier jour (Carlos, 10 ½, Vous n'aimez pas la vérité), le Festival du nouveau cinéma devrait prendre son rythme de croisière au cours de ce premier week-end. Belle occasion de tenter d'y faire des découvertes, comme ce fut le cas au deuxième jour.

    En s'attelant à son documentaire, Solutions locales pour un désordre global, Coline Serreau avait clairement défini ses intentions : « Les films d'alertes et catastrophistes ont été tournés, ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu'il existe des solutions, faire entendre les réflexions des paysans, des philosophes et économistes qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s'est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives. » Pour y parvenir, pendant trois ans elle a parcouru la planète afin de recueillir les témoignages de ces gens, mettre en valeur leurs solutions pour réparer les dommages causés à notre terre nourricière et montrer quelques exemples de réalisations, expérimentales, alternatives ou autres, qui visent à préserver la biodiversité. 

    Les propos qu'avancent avec intelligence les Français Dominique Guillet (qui milite pour la sauvegarde de la biodiversité des semences), Claude et Lydia Bourguignon (spécialistes de la microbiologie des sols), le Brésilien João Pedro Stedile (du Mouvement des Sans-Terre), et plusieurs autres intervenants au cours du film sont connus, ils ont déjà été documentés, et ils leur ont même valu de sérieux ennuis avec les autorités dans leur domaine respectif. Ici, c'est la convergence de leurs points de vue sur l'accumulation des dérives (qu'ils pointent du doigt avec ironie) et sur les moyens d'y remédier qui finit par produire son effet.

    Le « génocide » de la classe paysanne et de l'agriculture familiale, dans la foulée de la Seconde guerre mondiale, a favorisé en lieu et place le développement indu de l'industrie agroalimentaire qui en est venue à se constituer en véritable mafia, imposant aujourd'hui sa loi et ses règles, sa logique absurde fondée sur le profit à tout prix (la fin justifie les moyens), à l'échelle de la planète, au point d'influer sur l'avenir même de la recherche fondamentale en ce domaine et de menacer, notamment via les OGM et la monoculture, le patrimoine génétique de la semence (cinq multinationales contrôlent à elles seules 75% du secteur). Bref, ces « pilleurs de la nature » sont en train d'accroître la superficie des terres mortes (qu'ils ont tuées) qui ne survivent et ne produisent que grâce aux fertilisants de synthèse (chimiques) qu'ils leur injectent à forte dose et qu'ils imposent à tous les agriculteurs...

    En privant la terre nourricière de ses éléments naturels (la forêt avoisinante, les animaux de ferme et leur précieuses déjections, les insectes utiles dans le sol), cette industrie entraîne dans sa dérive toute la chaîne de production : d'où, en amont, les mutilations sur les animaux par souci de productivité et le rêve fou de tomates carrées pour une mise en marché plus efficace (!), et en aval le surdéveloppement de l'industrie pharmaceutique pour faciliter le transit de ces produits chimiques que nous ingurgitons à forte dose. On continue ?

    Bref, la thèse est connue. Elle mérite d'être soutenue. Mais le film de Coline Serreau, unidimensionnel, se fait redondant et même lourd par moments : sous couvert d'une « attaque masculiniste » contre la terre « féminine », elle tente de rattacher à son sujet la cause féministe (légitime en soi) en Inde; elle y relie aussi la réalité des bidonvilles (comme partout dans le tiers-monde) mais sans dire un mot du système des castes, déterminant. Par ailleurs, quand le film s'extirpe du piège des « têtes parlantes », la caméra tenue par la réalisatrice devient épileptique, montrant maladroitement des exemples pourtant pertinents de solutions alternatives à ce désastre généralisé. Péchés véniels ? Sans doute...

Gilles Marsolais

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