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BLOGUE DU FNC 4 – par Marcel Jean

2010-10-17

PAR LA MARGE

    Allons-y par la marge! D'abord, ça fera plaisir à Godard qui disait que la marge, c'est ce qui fait tenir les pages. Ensuite, quand on évolue dans la marge, on n'a besoin de se coordonner avec personne, car tout le monde vise la pleine page, c'est-à-dire les gros films, comme ce Biutiful de Gonzalez Iñárritu, même si celui-ci n'a pratiquement rien fait de bon depuis le premier tiers d'Amores Perros. Selon ce qu'on dit, Gonzalez Iñárritu a pris du mieux. Son Biutiful renouerait avec ses premières inspirations. C'est pas trop tôt! Vous pourrez toujours le vérifier par vous-même aujourd'hui (seule projection à 19h15 à l'Imperial), mais à votre place j'irais plutôt voir Pays de cocagne de Pierre Etaix à la Cinémathèque (à 19h) ou Balada Triste d'Alex de la Iglesia au Quartier Latin (à 19h). En fait, j'irais surtout voir le programme de courts métrages Destins au féminin au Cinéma ONF (19h30). Ça commence avec M'ouvrir, le très beau film d'Albéric Aurtenèche sur l'automutilation, un film sans didactisme ni bonnes intentions, qui montre une réalité complexe pour ce qu'elle est, lui conservant sa part de mystère, d'énigme, alors que la caméra scrute pourtant le beau visage fermé de la jeune Ariane Trépanier. Dans ce même programme, on trouve notamment les plus récents films de Guillaume Fortin (Dolorès), d'Anne Émond (Sophie Lavoie) et de Guylaine Dionne (Les mercredis de Rose). Une bonne façon de voir où se situe le court métrage québécois.

    Allons-y par la marge, c'est-à-dire par ce qui peut paraître périphérique au festival (le site Internet, la vidéo sur demande) ou périphérique à la cinéphilie (le court métrage). D'abord le site Internet du FNC, pour dire qu'il est formidable, et ce de plusieurs façons. On s'y retrouve facilement, rapidement. On y accès à la programmation à la fois par date et par section en jamais plus de deux clics. Mais, surtout, on y trouve du contenu. Par exemple, un entretien vidéo de 25 minutes avec l'immense cinéaste expérimental autrichien Peter Tscherkassky (cliquez sur Lab Live! dans la section Vidéos-podcast). Le FNC présente Coming Attractions de Tscherkassky dans le programme intitulé Cinémanipulateurs (le jeudi 21, à 16 heures, à la Cinémathèque). Le film termine la séance comme une apothéose : c'est une œuvre ambitieuse, en douze chapitres, une sorte de relecture de l'histoire du cinéma qui tisse des liens entre le cinéma des premiers temps et l'avant-garde, qui montre comment la publicité a vampirisé à la fois  l'un et de l'autre, etc. Dans la même séance, on trouve les plus récents films de Vincent Grenier (Burning Bush) et de Bill Morrison (Release) deux maîtres de l'expérimentation au sommet de leur forme, ainsi que le Mamori de Karl Lemieux, qui se trouve en fort belle compagnie. Seul bémol, la durée du programme – 99 minutes – ce qui est beaucoup trop pour un alignement d'œuvres aussi exigeantes. Cinémanipulateurs compte 11 films. Il en compterait deux de moins qu'il n'en serait que meilleurs.

    Autre programme de fort calibre : Paysages (de cinéma) (lundi à 21h30 au Parallèle; vendredi à 16h à la Cinémathèque). Encore une fois c'est trop long : 11 films pour 101 minutes. Mais les meilleurs films sont  plutôt dans la première moitié, alors vous pourrez toujours sortir avant la fin. Ça commence avec Le Rocher d'Étienne de Massy (l'auteur du cycle Somnia), construction subtile et passionnante marchant sur les traces du Breton d'Arcane 17 face au Rocher percé. Étienne de Massy utilise ici l'écran divisé avec une intelligence rare pour élaborer une réflexion sur l'espace, la relation entre l'art et le paysage… Une vraie réussite!

    Autre belle réussite, le vertigineux Ville Marie d'Alexandre Larose, dans lequel le jeune et prolifique cinéaste expérimental reprend en boucle un plan filmé par une caméra lancée du haut d'un immeuble. Larose, d'ailleurs, a lui aussi droit à son entretien sur le site Internet du FNC. Allez-y voir! Toujours dans ce programme, Marianna Milhorat livre avec L'internationale un film étonnant, étrange, à la fois atmosphérique et froid comme un documentaire industriel. Enfin, on retrouve avec bonheur les Italiens du collectif Flatform et leur 57,600 secondi di notte e luce invisibli, sorte d'exercice virtuose qui tient autant du tour de magie que du cinéma.

    Quelques mots, pour finir, sur la vidéo sur demande, stimulante initiative du festival qui consiste à offrir aux abonnées de Vidéotron la possibilité de choisir parmi une sélection de courts et de longs métrages présentés au festival (cette année ou au cours des éditions précédentes). Côté court, on y trouve des choses comme Maïté de Denis Côté ou le Mamori de Karl Lemieux. Côté long, on peut notamment voir Amer d'Hélène Cattet et Bruno Forzani. Ça coûte 1 dollar pour voir un court, 5 dollars pour un long. Voilà un festival qui sait utiliser les nouvelles plateformes! On l'en félicite.

Marcel Jean

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