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BLOGUE DU FNC 5 – par Romain Chareyron

2010-10-18

LES VIVANTS ET LES MORTS

    Difficile de savoir s'il faut attribuer cela au hasard, mais les films visionnés en ce cinquième jour de festival se sont étrangement fait écho, en ce que chacun traitait, à sa manière, du rapport qu'entretiennent la vie et la mort. Que cela soit sur le mode fantastique, ou bien ancrée dans une réalité et sociale et historique, chaque œuvre est venue questionner, avec des bonheurs divers, la frontière plus ou moins poreuse qui sépare ces univers. 

    Cela a tout d'abord commencé par la projection matinale, au Cinéma Impérial, du film The Strange Case of Angelica, dernière œuvre en date du Portugais Manoel de Oliveira (Singularités d'une jeune fille blonde, Le Miroir magique), doyen de la sélection, du haut de ses 102 printemps! En nous contant l'histoire de l'amour absolu et hors-normes qui naît entre un photographe et l'âme d'une jeune fille morte qu'il a prise en photo, le réalisateur livre une œuvre aux accents fantastiques, atemporelle et anachronique. En dépit du cadre contemporain qui habille le récit, de Oliveira cherche avant tout à emmener le spectateur dans un univers hors de la réalité, où tout semble suspendu dans un temps in(dé)fini. Si de ce décalage naissent une langueur et une certaine beauté mélancolique qui donnent son charme suranné au film, le propos apparaît vite un peu mince pour capter l'attention durant toute la durée de la projection. On en ressort avec l'impression d'avoir assisté à quelque chose de léger et de fugace, dont le souvenir s'estompera une fois quittée la salle. 

    Place ensuite à White Material, de Claire Denis (35 Rhums, L'Intrus) projeté face à un public venu nombreux. En choisissant de mettre en scène la guerre civile qui ravage une région indéterminée de l'Afrique, la réalisatrice opère un retour aux sources, d'un point de vue cinématographique, faisant de ce dernier film un écho au premier qu'elle tourna en 1987, Chocolat. Le récit suit le combat acharné d'une propriétaire terrienne (Isabelle Huppert, parfaite dans un jeu dépouillé de tout affèterie, assez éloigné de celui, similaire, qu'elle tint en 2007 dans Un Barrage contre le Pacifique, de Rithy Panh) prête à tout pour sauver sa plantation de café. On retrouve ici la marque de fabrique de Claire Denis, avec un cinéma sensoriel, refusant la linéarité narrative ainsi que toute approche "psychologisante". Cependant, le poids historique de ce qui est décrit offre un ancrage salutaire au récit, lui évitant de se perde dans des méandres stylistiques qui auraient pu en noyer le propos. La mise en scène arrive parfaitement à traduire le chaos dans lequel chacun des personnages est plongé, où les existences sont menacées et peuvent basculer d'un instant à l'autre. S'il n'est pas exempt de longueurs et de maladresses (une finale pas vraiment convaincante), le film nous offre cependant une plongée marquante dans l'enfer d'un conflit auquel il n'essaie pas d'apporter des réponses toutes faites, nous laissant pris dans les fils d'un écheveau bien délicat à démêler.  
         
    Finalement, l'événement de ce dimanche était la projection, dans une salle archicomble, du Biutiful d'Alejandro Gonzàlez Iñàrritu (Babel, 21 Grams). Le film suit Uxbal (Javier Bardem, intense), truand et père de famille, qui essaie de mettre sa vie et celle des siens en ordre, après avoir été diagnostiqué avec un cancer en phase terminale. Avec son œuvre précédente, Babel, on sentait que la "machine" Iñàrritu commençait à ronronner un peu trop confortablement, avec un mise en scène, certes, toujours impressionnante, mais qui avait un peu trop tendance à se regarder faire. Avec Biutiful, on retrouve le style plus aride et nerveux qui caractérisait Amores Perros, le premier film du réalisateur. Iñàrritu délaisse aussi partiellement la forme du récit éclaté qu'il avait exploitée jusque-là pour resserrer davantage son intrigue sur sa figure centrale. On reconnaît une fois de plus une mise en scène puissante, qui colle à ses personnages et agrippe le spectateur dès les premières images. Il est néanmoins permis de penser que le film divisera ceux qui se seront laissés entièrement happer par l'ampleur de l'histoire, et les autres, qu'une certaine tendance à l'emphase dramatique aura laissé en bordure du récit et des émotions.
 
    À surveiller aujourd'hui, la présence de deux films aux univers singuliers: tout d'abord, la seconde projection d'Enter the Void de Gaspar Noé (12h30 au Quartier Latin), véritable trip sensoriel et plongée hallucinée dans la jungle de la nuit tokyoïte, et Kaboom (19h00 au Quartier Latin), comédie adolescente sexuelle et déjantée de Gregg Araki. Sans oublier Lola, le dernier opus de Brillante Mendoza (Serbis, Kinatay) à 21h30 à L’Impérial.

Romain Chareyron 

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