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BLOGUE DU FNC 6 – par Gilles Marsolais

2010-10-19

    À coup sûr, Lola de Brillante Mendoza (Serbis, Kinatay) figure parmi les titres de la présente édition qui risquent fort de demeurer dans la mémoire du cinéphile. Pas de violence, ni vraiment de suspense. Rien de spectaculaire. Et pourtant les images de ce film continuent de nous obséder longtemps après la projection. À quoi cela tient-il donc ?

    D'abord, l'histoire, qui se déroule à Manille, dans un quartier périphérique populaire et défavorisé, réunit tous les éléments du mélodrame, mais Brillante Mendoza évite de se laisser prendre au piège, en misant sur la résilience et la dignité de ces deux patriarches qui viennent à bout d'une situation inextricable par leurs propres moyens, en louvoyant à la frontière du système économique et juridique. Habituées à vivre plus ou moins en marge d'un système qui de toute façon craque de toutes parts et à fonctionner à l'intérieur d'une économie parallèle (d'où l'importance de la circulation de l'argent dans un monde où tout s'achète et se monnaie – même la justice), elles affrontent avec dignité les vicissitudes de l'existence, comme le petit peuple affronte les caprices de la nature et les inondations récurrentes, se déplaçant en barque au besoin et affrontant les pluies diluviennes du mieux qu'il peut sans en faire un plat...

    Aussi, l'aspect documentaire de ce que nous voyons et entendons nous communique fortement l'impression « d'être là », en alternance, avec l'une ou l'autre de ces deux grands-mères (« lolas », un terme déférent en tagalog) qui se battent avec l'énergie du désespoir pour le salut de leur famille respective. L'une pour épingler l'assassin de son petit-fils et couvrir les frais des funérailles, l'autre pour faire sortir de prison son propre petit-fils, présumément le meurtrier. La force de ce film est qu'il parvient à créer une véritable osmose entre la fiction et le documentaire, entre le récit et et son dispositif filmique. L'illusion est parfaite, même lorsqu'il s'autorise une lecture symbolique d'une situation donnée (la marche éprouvante d'une grand-mère dans des couloirs étroits et sinistres menant à la découverte des dépouilles chez le marchand de cercueuils).

    À l'époque du néo-réalisme, on s'extasiait sur les talents d'acteur du peuple italien, avec sa gestuelle inimitable, gage d'authenticité. Dans Lola, avec une caméra au poing, Brillante Mendoza filme les gens au plus près comme pour mieux accéder à leur intériorité, il pousse encore plus loin cette observation et cette fusion entre les genres et leur mode de narration respectif, quitte à s'autoriser quelques raccourcis (dont la finale carabinée) que le spectateur achète volontiers. Bref, ce que le réalisateur donne à voir et à entendre d'une (sous-)culture, sans voyeurisme ni misérabilisme, pour la mettre en valeur, importe autant sinon plus que l'histoire fictionnelle qui lui sert de prétexte. Partant, le spectateur conquis accepte tout aussi bien que la violence, forcément omniprésente dans un tel contexte de survie, soit pratiquement reléguée hors-champ, si ce n'est un vol de sacoche à l'arraché et l'arrestation musclée du délinquant. Pour le reste, il apprendra qu'Arnold, le filleul de lola Sepa, a été poignardé à mort pour un simple téléphone portable. En fait, la vraie violence, celle que le système impose à ces gens démunis, comme celle que la nature leur inflige, se vit au quotidien... Au total, le récit, qui semble se structurer sous nos yeux sur le mode intuitif, fourmille d'informations qui, en s'additionnant avec subtilité, finissent par composer un tableau émouvant d'une rare authenticité.

    Si vous l'avez raté, vous pouvez voir ce film superbe samedi à 13h00.

Gilles Marsolais

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