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BLOGUE DU FNC 10 – par Jason Béliveau

2010-10-23

POUR UNE DERNIÈRE FOIS

    Quelques mots tout d’abord pour revenir sur la projection de Falardeau hier après-midi à l’Ex-Centris. L’artiste/pamphlétaire/intellectuel, qui s’est défendu lors d’une entrevue célèbre avec Paul Arcand d’être un «personnage» devant les caméras (public ou privé, la même chose), nous est montré «tel quel», selon les dires des réalisateurs. Sa pensée en mouvement nourrit donc presque entièrement le documentaire de German Gutierrez et de Carmen Garcia, le rendant tout sauf hagiographique ou bêtement chronologique. On parle de lui (Luc Picard et Francis Simard, notamment), mais on le laisse surtout parler, ce qui ne fait que souligner le vide qu’il a laissé depuis sa mort. Un peu plus de mise en perspective aurait été appréciée, étant donné que plusieurs extraits d’archives sélectionnés sont connus de tous et prolifèrent sur YouTube. Essentiellement un travail de raboutage, reste que cette rétrospective permet de mesurer toute l’ampleur du travail de l’artiste (à ne pas qualifier d’engagé). Les réalisateurs ont promis une sortie en salles cet hiver. D’ici là, ne manquez pas la projection aujourd’hui d’une nouvelle copie d’Octobre en Fellini à 15h15.

    Galvanisant, le très beau Tournée de Mathieu Amalric avait de quoi remplir l’Impérial hier soir (les retardataires pourront se reprendre dimanche à16h15 en Fellini). Cette attachante troupe américaine « New Burlesque », avec en tête un imprésario français au grand cœur brisé (interprété par le réalisateur) nous avait déjà conquis avec leurs numéros aguichants. Mais c’est la réalisation relâchée d’Amalric, suivant cette famille de fortune de village en village, qui soutient l’attention, tellement qu’à la fin on en redemande, coït interrompu si vous voulez.  Aucune progression dramatique à proprement parler, qu’une succession de scènes mélangeant habilement l’humour et le mélancolique et qui rappelle effectivement à certains endroits le cinéma de Cassavetes. On en sort la tête pleine, d’images (la photographie dans les cabarets est superbe) et de mots (le français et l’anglais qui se relaient et s’imbriquent). Amalric est un vrai réalisateur (pour ceux qui en doutaient); il est aussi un acteur génial, qui donne à Joachim autant d’amour paternel  pour ces effeuilleuses qu’une douce vulnérabilité quand vient le temps de les remettre à l’ordre. Si à certains la vie ne fait pas de cadeaux, the show must go on.

    Et le spectacle continue ce soir avec Curling (19h30 à l’Impérial) de Denis Côté, en clôture du festival. Apparemment plus grand public que ses précédents longs métrages, le film a retenu l’attention du jury du Festival de Locarno en août dernier en y remportant les prix de la mise en scène et de la meilleure interprétation masculine. L’histoire d’un père et de sa fille (Emmanuel et Philomène Bilodeau) isolés du reste du monde. À des lieux du formalisme d’Elle veut le chaos, le film se veut plus économe dans ses effets.

    D’autres primeurs aujourd’hui, à noter Submarino (17h00, à l’Impérial) de Thomas Vinterberg, cofondateur du mouvement Dogme 95 principalement connu pour Festen. Le parcours de deux frères, l’un frais d’un séjour en prison, l’autre qui tente d’élever son fils malgré une dépendance aux drogues, qui reprennent contact après la mort de leur mère, ce qui les amènera à questionner leur passé trouble. Également ce The Light Thief (13h20, toujours à l’Impérial) d’Aktan Arym Kubat, du Kirghizistan. Avec Tulpan en 2008, du Kazakhstan, on en vient presque à se demander si les germes d’une nouvelle vague de ce coin du monde trop peu filmé ne seraient pas en train de se développer. Et quand on sait que c’est l’histoire d’un électricien qui cherche un moyen de fournir en énergie éolienne sa région, on se rend compte que des rêveurs à l’affût, il y en a partout, même où la démocratie n’est pas encore pleinement acquise.

    Avant de vous quitter pour retourner dans ma chère Vieille-Capitale, je prends personnellement le temps de vous inviter au volet Québec du FNC, qui aura lieu du 29 octobre au 4 novembre au Cinéma Cartier. Au programme, quinze films, beaucoup de documentaires et de films québécois, avec en ouverture Falardeau en présence des deux réalisateurs. Ce sera aussi l’unique occasion pour plusieurs d’y voir le palmé Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul sur grand écran.

    Au plaisir de vous y voir et d’ici là, bonne fin de festival.

Jason Béliveau

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