Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LE DOC À L'HONNEUR

2007-06-21

Le doc à l’honneur

    Comment passer à côté? Tous les médias se sont rués sur le film avec l’appétit des peuples affamés à qui une pomme serait lancée. Michael Moore n’est donc pas le héros tant attendu par la gauche américaine proclame haut et fort le documentaire Manufacturing Dissent des canadiens Debbie Melnyk et Rick Caine. La belle affaire. On s’y attarde néanmoins, histoire de nous aussi, rester dans la course à l’info la plus fraîche.

    À propos de documentaire-choc, on se rappelle évidemment de la tornade An Inconvenient Truth l’année dernière, dans lequel Al Gore démontrait, powerpoint à l’appui, combien la planète allait mal. Rien, ou presque, n’a changé depuis, mais il revient maintenant au grand oublié de l’aventure, le réalisateur du film Davis Guggenheim (surtout connu pour ses réalisations de séries télé dont 24 ou Deadwood), de voir son nom légèrement sortir de l’ombre pour présenter son deuxième long, Gracie ou les mésaventures d’une jeune footballeuse dans les années 70. Entre illustrer platement le propos d’un autre ou plonger dans une nunucherie pareille, on se demande quand Guggenheim parviendra à trouver sa voix.

    Et si l’aventure paranormale de John Cusack et Samuel L. Jackson dans 1408 (Mikael Håfström, déjà ennuyant dans Derailed) ou les délires divins de Steve Carell et Morgan Freeman dans Evan Almighty (suite de Bruce Almighty de Tom Shadyac) intéressent à peu près autant que de regarder les framboises pousser, ce A Mighty Heart, adaptation des mémoires de Marianne Pearl, veuve du journaliste assassiné par des activistes pakistanais, lui aurait pu titiller, malgré la présence de la labiale mais relativement fade Angelina Jolie. Mais Michael Winterbottom, à la barre du projet, enchaînant les déceptions (The Road to Guantanamo), on préférera ne pas passer par la case départ et ne pas toucher 20 000.

    Mais deux films à découvrir restent en jeu. Deux approches radicalement différentes du documentaire, mais tout aussi passionnantes. Trois Rois d’abord, premier long de Katia Paradis qui revient, après 4 ans passé au Belize, un petit pays d’Amérique centrale, avec dans sa besace un documentaire aussi joli qu’enlevant faisant le portrait de 3 vénérables musiciens. Coup de cœur pour la maturité du regard de la cinéaste et son sens du cadre et de l’espace, mais on vous en reparle en détail dans la prochaine édition de 24 Images.

    Zidane, un portrait du XXIème siècle ensuite, réalisé par les artistes Philippe Parreno et Douglas Gordon, et qui était pour sa part attendu. Projeté au festival de Cannes puis en présentation spéciale à l’Impérial, le film vient en effet de se trouver une niche au cinéma du Parc dont on ne se lasse pas de saluer les efforts. S’amusant à suivre en temps réel ce véritable héros des temps modernes qu’est Zinedine Zidane lors d’un match de foot opposant le Real Madrid au Villareal en 2005, disséquant ses mouvements à l’aide de 17 caméras haute-définition placées autour du terrain, le film redonne véritablement sa dimension humaine au spectacle qu’est le sport. Gestes raffinés, concentration, solitude, pensées simples et intelligentes retranscrites au bas de l’écran, l’art se met au service d’une sorte de métaphysique du sport tout à fait captivante. Évidemment, la musique composée par Mogwai pour accompagner le récit joue sa part dans l’envoûtement. Mais c’est aussi le montage nous plaçant littéralement sur le terrain, aux côtés du génial et mythique footballeur qui rend le mécanisme du film si fascinant. On ne l’aurait pas cru, mais art et foot peuvent véritablement faire un magnifique ménage. On aurait tort de s'en priver

Bon cinéma!

Helen Faradji









Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.