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« ELLE A LE CUL QUI CHANTE » - par Robert Lévesque

2010-11-04

    On a dit, on a tellement dit qu’en créant Bardot, Vadim émancipait la femme française que cette scie libertaro-patriotique a perduré, le cliché s’enlisa. Comme Bardot. C’était dans la France de René Coty, quand la Quatrième République cachait ces seins qu’il ne fallait pas voir. Et d’ailleurs, on ne les voyait pas les seins de BB dans ce très bête de film si simplement titré Et Dieu créa la femme. On voit ses fesses, certes, et dans un profil si parfait que c’est comme si elle n’en avait qu’une, mais c’est au tout début du film (une des 92 minutes) et derrière une corde à linge aux draps adéquatement battus par le vent de Saint-Tropez. Après, c’est  la bêtise de Vadim qui s’asservit…
 
    Pour l’émancipation de la femme française, d’abord, il ne faudra pas oublier (ce que l’on a fait si longtemps) que la fin de ce film est très homme : après avoir trompé son mari avec le frère de celui-ci, après s’être promenée les seins brandis (sous une blouse aux solides boutons) devant tous les mâles de Saint-Tropez, la femme créée se ramasse quatre baffes dans la gueule, bien envoyées en aller-retour par son cocu qui la ramène à la maison. Dernière image.
 
    Pour réaliser à quel point le cinéma peut être bête comme ses pieds, parfois, il faut voir ce film (l’occasion, le 6 novembre sur TFO à 21 heures 30) qui, si ce n’était qu’il lança le label de la belle, étiquette BB, et qu’il est donc en quelque sorte historique, vu la dame en question et ce qu’elle est devenue d’un siècle à l’autre, passant à vue de sex-symbol à méchant débris, de star à pétasse et d’agace imberbe à protectrice des mammifères de tous poils. Sans cela, ce film serait d’un inintérêt cinématographique total, si ce n’est celui qu’acquerraient au siècle dernier les romans-photo les plus convenus : la capiteuse, par dépit, marie le frère de celui qui s’est joué d’elle, mais un beau jour, sur une plage, le sable tendre, le désir l’emportant, elle se donnera à son beau-frère qui est d’ailleurs si beau…
 
    Il paraît que ce film fut d’abord conçu pour Curd Jurgens (qui joue un affairiste allemand qui va transformer Saint-Tropez en mecque du jeu – mais dans la réalité c’est Bardot qui, un an après ce film, transforma « Saint-Trop » en mecque du voyeurisme en s’achetant « La Madrague » pour s’y baigner nue), et qu’il fallut l’accord de la virile star allemande pour que la jeune femme de Vadim, nunuche fraîche épousée qui n’avait fait alors tourner que Le trou normand avec Bourvil (sans danger), puisse embarquer dans la production... C’est difficile de croire cela, le rôle de Jurgens étant minimal et marginal… Sans Bardot, ce film aurait été un navet depuis longtemps confit, vite oublié…
 
    On ne peut même pas (je vous aurai averti) regarder ce film pour s’amuser, pour foncer dans le degré second ou quadruple, tant c’est poche, lourdingue quoique ensoleillé, et coincé entre des dialogues écrits à l’enclume et des doubles sens de vieux libidineux finis comme lorsque Curd  Jurgens, dans la scène inaugurale de la corde à linge et de la ligne rose des fesses, dit à Juliette (elle s’appelle Juliette Hardy, la femme que Dieu Vadim créait sous nos yeux!) qu’il lui a apporté, tel que promis, sa Simca rouge et qu’elle voit bien qu’il ne s’agit que d’une auto miniature : la Juliette dit alors, un rien baveuse : « Vous m’avez bien eue! », et lui, sûr de lui : « pas encore ! »…
 
    La réplique qui devait plaire à Vadim, mais qu’il fait dire par un chauffeur de car qui aperçoit la Juliette pédalant sur sa bécane : « elle a le cul qui chante ». Brigitte Bardot était une piètre actrice, elle jouait comme un pied qui cherche le vôtre sous la table et ne le trouve pas, mais la chanteuse, alors là, je dois vous avouer qu’à l’époque de mes vingt ans et plus je craquais, on ne se lassait jamais de ses chansonnettes sablonneuses, on les écoutait la nuit sur la plage avec un pick-up au long fil posé sur le sable, c’était à Sainte-Luce-sur-mer (mon Saint-Trop), mais ça c’est une autre histoire…
 
    Question chansons, il y a tout de même un petit trésor dans ce film de Vadim : on y entend une chanteuse du nom de Solange Berry. Seuls les vrais de vrais fans de la chanson française (et peut-être même pas Sylvain Cormier et Monique Giroux !) s’en souviennent de Solange Berry. Elle est quasi parfaitement oubliée, Solange Berry. Vous l’entendrez dans ce film chanter en voix-off « Dis-moi quelque chose de gentil »… Elle en gravait des disques, Solange Berry. Elle avait une série dite de ses « chansons inoubliables »... Chez Solange Berry, ce n’était pas le cul qui chantait, mais le cœur…, mais ça s’oublie ça aussi…, faut croire.
 
Robert Lévesque

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