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HUIT FOIS DEBOUT - critique de Damien Detcheberry

2010-11-11

CIBLES ÉMOUVANTES

    Il fut un temps où le cinéma était le premier refuge en période de crise. Les plus belles comédies classiques hollywoodiennes, celles de Capra, de Lubitsch, pour piocher parmi les plus grands, avaient en commun la même philosophie à l’égard de l’humour comme antidote au désespoir, à savoir qu’en matière de rire, tout est affaire de légèreté. Si Huit fois debout, sur un sujet pas évident du tout à traiter en comédie, - le chômage -, tient parfaitement la route, c’est que tout, dans cet étonnant premier film, est précisément affaire de légèreté.

    Légèreté, par exemple, du proverbe japonais qui donne au film son titre mystérieux : « sept fois à terre, huit fois debout ». C’est la devise qu’Elsa (Julie Gayet) essaie de placer lors de ses entretiens d’embauche. Elle pourrait également être celle de Mathieu (Denis Podalydès), son voisin, qui enchaîne lui aussi les entrevues avec un talent certain pour le désastre. L’un et l’autre tentent de trouver leur place dans une société qui ne semble pas faite pour eux : Elsa vit d’emplois précaires et peine à trouver sa voie professionnelle, et la stabilité qui lui permettra d’obtenir la garde de son fils. Mathieu semble avoir, lui, achevé sa reconversion sociale : sans domicile fixe, sans objectif, sans attente. Il s’est construit une cabane dans la forêt en attendant que les choses s’arrangent.

    Si la situation est grave, mais pas si désespérée, c’est que Xabi Molia pose sur ces sympathiques désaxés un regard tendre et décalé : pour se démarquer des autres chercheurs d’emploi, Mathieu a ajouté « tir à l’arc » dans la partie « loisirs » de son CV, mais a fini par passer plus de temps à s’y entraîner qu’à chercher du travail. L’ironie est d’autant plus forte que la devise fétiche de Mathieu n’en est pas moins désillusionnée que celle d’Elsa : « quand on a touché la cible, c'est qu'on a raté tout le reste. » C’est en multipliant ainsi les embardées poétiques que le cinéaste s’éloigne habilement des sentiers battus du cinéma français, loin des stéréotypes de la comédie ou du drame social. Il fuit les étiquettes et prend un malin plaisir à épingler les travers d’une société qui s’évertue à ne définir les individus qu’à travers la valeur travail. À l’inverse, le doute, l’errance et le rêve y sont revendiqués comme des vertus essentielles surpassant les qualités artificielles et arbitraires que l’on inscrit sur un C.V. Porté par la grâce de Julie Gayet et l’élégance fragile de Denis Podalydès, Huit fois debout dresse une ode colorée et aérienne aux « ratés » de la vie professionnelle et en dit plus sur le malaise contemporain que bien des démonstrations solennelles. En évitant soigneusement sa cible, Xabi Molia vise en plein cœur.

Damien Detcheberry

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