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INDIGÈNES - Critique d'Helen Faradji

2007-06-21

Pour la France

    « C’est nous les Africains/Qui revenons de loin/Nous venons des colonies/Pour sauver la Patrie ». Le chant a résonné un soir de célébrations dans la grande salle du Palais des Festivals à Cannes. Un soir de mai 2006 où le jury du festival, présidé par Wong Kar-wai, venait de récompenser l’ensemble de la distribution masculine d’Indigènes (Jamel Debouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Samy Naceri et Bernard Blancan) pour leur interprétation. La récompense dépassait les habitudes. Le film, lui aussi, dépassait les traditionnels enjeux cinématographiques en se penchant sur le sort réservé par l’Armée Française aux tirailleurs qu’elle recruta dans ses colonies africaines pour servir de chair à canon lors de la seconde guerre mondiale.

    Car, au fond, qu’a réalisé Rachid Bouchareb en s’attelant à la production de ces Indigènes? Non pas un « simple » film, mais un véritable plaidoyer pour la mémoire et l’Histoire, pour l’identité et la dignité. L’enjeu est noble, juste, sincère. Les idéaux sont là, aucun doute possible. Félicitations du président Chirac et dégel – enfin – des pensions d’anciens combattants de ces soldats déracinés en furent les belles conséquences. Mais le cinéma, lui, se retrouve bien vite relégué au rang de faire-valoir. Mise en scène et photo léchées mais sans éclat, musique trop majestueuse, montage consensuel, tout est en effet mis sagement, presque poliement, au service du propos. Eternel débat : le fond, la forme, ce qu’on a à dire et comment on le dit, le sujet comme but ou comme conséquence de la mise en scène. Indigènes ne règle pas la question, s’affirmant tranquillement et sans heurts comme une de ces œuvres moralement inattaquables mais cinématographiquement pauvre. Doit-on s’en plaindre? Le film avait un objectif, il l’a rempli, fermons les rideaux.

    Rachid Bouchareb (Baton rouge, Poussières de vie, Little Sénégal) n’est pas Abdellatif Kechiche (L’esquive). Son cinéma, bien qu’ancré dans son réalisme fort, bien que soutenu par une distribution convaincue et convaincante (mention à Bouajila, décidemment un des meilleurs acteurs français du moment), n’a pas ce petit plus qui fait s’emballer pour les films de Kechiche. L’obligation morale d’adhérer aux personnages et au récit l’emporte sur une définition riche et profonde de ceux-ci. Mais Bouchareb est un honnête homme. Mieux : un cinéaste intègre. Il filme comme on panse une plaie, pour soigner, pour réconforter, pour apaiser. Le cinéma dévie peut-être de sa route, le film n’est probablement pas à la hauteur de ses ambitions, mais ces dernières, solennelles, franches et simples, se devaient d’être abordées par la société française. C’est désormais chose faite.

Helen Faradji

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