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METROPOLIS - critique de Marcel Jean

2010-12-02

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    Film de clôture présenté en grandes pompes, avec orchestre et à la salle Wilfrid-Pelletier, lors de la dernière édition de Fantasia, la toute nouvelle version restaurée du Metropolis de Fritz Lang nous arrive en DVD et en Blu-ray, sous l’étiquette Kino Lorber. Rappelons que cette version est enrichie des 25 minutes découvertes à Buenos Aires à l’été 2008, ce qui confère au film une durée de 148 minutes, en comparaison des 123 minutes résultant de la restauration de 2001 (qui elle-même comptait déjà une trentaine de minutes de plus que les versions en circulation jusqu’alors). Comment cela a-t-il pu se produire? Tout simplement parce qu’au lendemain de la première berlinoise du 10 janvier 1927, les distributeurs du film (UFA en Allemagne, Paramount aux États-Unis), pris de panique face à l’accueil qui lui fut réservé, l’amputèrent radicalement, retirant approximativement une heure au film qui, selon les spécialistes, durait à l’origine 153 minutes. Ce saccage est donc en partie effacé par la nouvelle version de Metropolis, puisque ne manqueraient maintenant qu’environ six minutes à l’œuvre pour que soit enfin accessible la version de Fritz Lang.

    Comptant parmi la poignée de films incontournables de l’histoire du cinéma, Metropolis était jusqu’ici un film à la fois spectaculaire et bancal, monument de l’expressionnisme et sorte d’acte de fondation de la science-fiction au cinéma, valant surtout pour ses décors et sa vision de la ville du futur : Lang, qui avait eu l’idée du film en se promenant au milieu des buildings de Manhattan, considérait déjà en 1925 que l’architecture était le seul domaine valable dans l’ensemble de la production artistique allemande. La nouvelle version de l’œuvre, nommée par le distributeur « The Complete Metropolis », nous oblige évidemment à revoir nos positions, le film trouvant désormais un équilibre narratif qui le fait paraître presque plus court – parce que plus enlevant, mieux soutenu par les intrigues secondaires, plus riches – et lui donne enfin des allures d’œuvre aboutie. Ainsi, la présence d’un espion à la solde de Joh Fredersen accentue l’impression machiavélique que laisse cet industriel grisé et aveuglé par sa volonté de puissance. Le complot mis en place par Fredersen avec la collaboration du scientifique Rotwang, qui est en quelque sorte son frère ennemi, parait alors moins simpliste. De même, la finale atteint désormais plus d’ampleur, quoiqu’on soupçonne qu’il manque encore quelques plans dans la séquence d’affrontement entre Fredersen et Rotwang, qui paraît toujours expédiée. Dans l’ensemble, ce film auparavant si froid gagne en émotion et en résonance : l’inondation qui engloutit la ville souterraine des travailleurs et menace les enfants est d’une redoutable efficacité. Si la vision sociale du film, qui présente le corps social comme un calque du corps humain, reste pauvre – « On ne peut pas faire un film socialement conscient en disant que le médiateur entre la main et le cerveau, c’est le cœur », confiait plus tard Lang à Peter Bogdanovich – son énergie, sa force d’évocation s’en trouve multipliée.

    Sur le plan technique, le métrage retrouvé à Buenos Aires provenant d’un « dupe neg 16 mm » en mauvais état, les segments ajoutés sont immédiatement reconnaissables à leurs rayures et au fait qu’ils ne respectent pas exactement le format de 1,33 :1 du reste du film (lors de ces segments, l’image est donc légèrement en retrait). Si cette situation n’est pas idéale, elle demeure un excellent compromis compte tenu de la différence de qualité du matériel (le reste du film – qui correspond à la restauration de 2001 – provient de copies 35mm de quatre sources). Sur le plan sonore, Metropolis est accompagné d’un nouvel enregistrement de la partition de 1927 de Gottfried Huppertz, interprétée par le Rundfunk Symphony Orchestra. Présenté en DTS-HD, le son est d’une qualité irréprochable.

    Le Blu-ray de Kino Lorber comprend aussi un documentaire de 50 minutes, Voyage to Metropolis, portant sur la restauration du film. Un entretien avec Paula Felix-Didier, conservatrice au Museo del Cine de Buenos Aires, vient compléter le tout. À noter : les suppléments sont en haute définition, ce qui est non négligeable. Il s’agit aussi d’un Blu-ray zone 0, ce qui signifie qu’il peut être lu partout autour du globe.

Marcel Jean

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