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LONDON RIVER - critique d'Helen Faradji

2010-12-02

DE LA BONTÉ...

    Rachid Bouchareb est un homme en lutte. Contre les préjugés, le racisme, le mal-vivre ensemble, les injustices et tout ce qui fait habituellement le lit des discours de Miss Monde. Contre aussi un cinéma formaté, sans imagination, fade et consensuel (il produit notamment les films de Bruno Dumont, le courageux). Parfois, ses idéaux, forcément nobles, forcément beaux, empêchent ses films de s’élever à force de peser de tout leur poids, mais font réellement changer les choses (Indigènes a ainsi tellement secoué le gouvernement Chirac que des pensions rétroactives furent enfin accordées aux anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale originaires des colonies). Parfois, ils nourrissent tout en finesse des films nuancés et dignes au destin pour le moins singulier (d’abord prévu pour la télévision, il a finalement trouvé le chemin des salles – françaises – trois mois après sa diffusion sur Arte). London River, quelque peu passé inaperçu, est de ceux-là.

    Réalisé en 2008 (!), London River a la netteté des films simples et droits. Nous sommes le 7 juillet 2005, quatre bombes viennent d’exploser à Londres. Dans l’île de Guernsey où elle cultive sa terre et nourrit ses ânes, paisiblement, Elisabeth ne parvient pas à joindre sa fille par téléphone. À Londres, Ousmane, un Africain musulman tailleur d’ormes, vient d’arriver de France pour tenter de retrouver son fils. Laissant la mise en scène du chaos et l’exploitation du sensationnalisme conjectural à d’autres, Bouchareb filme donc au plus près ces deux visages entre deux âges, beaux parce qu’humains, pour observer avec intelligence, sans manichéisme, sans angélisme non plus, la drôle de complexité des relations humaines au temps de la douleur. La peur de l’autre, la bêtise de réflexes protectionnistes, le simplisme des carcans identitaires : sans rien nommer, sans rien souligner, le cinéaste filme tout. Seuls quelques accès de musique ronflante viennent perturber le rythme de ce film étrangement serein, en rappelant le lyrisme sentimental et bien-pensant dont il est aussi plus malhabilement capable.

    Avec humilité et sensibilité, multipliant les gros plans délicats et sans afféteries, London River expose donc la quête de deux êtres égarés dans un Londres qu’ils ne connaissent pas, dans une ville qu’ils ne décodent pas, dans un monde qu’ils ne comprennent pas. Deux êtres magnifiquement incarnés, il faut aussi le dire, par Brenda Blethyn aux yeux si profonds, à la présence si intègre (de Secrets and Lies à Little Voice, son parcours est impeccable) et Sotigui Kouyate au visage si expressif, au corps si gracile (prix d’interprétation mérité à Berlin pour ce rôle écrit sur mesure pour lui). Deux acteurs complémentaires, à qui Bouchareb a laissé la bride longue et qui habitent le silence dans lequel London River les plonge sans faire perdre une once d’intérêt à leur cheminement. Si le récit les mène parfois vers une ode à la tolérance et au dialogue entre les cultures plus convenue, ils sont ce qui rend London River si pur, si simple, si touchant.
 
Helen Faradji

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