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BON FESTIVAL ! - par Robert Lévesque

2010-12-09

    Du 10 au 14 décembre, chez vous, avec des tapas ou des sushis et du vin blanc à volonté, de préférence des muscadets, des pouilly ou des rieslings, voilà un festival de cinéma que je vous propose, sans montée de marches ni coupe-files, un festival de proximité avec vos chats, si vous en avez… On y verra quatre films, signés par quatre cinéastes, deux qui sont morts et deux qui bougent encore…
 
    Tout ça à TFO, la chaîne à la programmation la plus relevée. Et à 21 heures. Le cinéphile, généralement, aime la régularité, la fidélité, l'habitude.
 
    On commencera vendredi le 10 décembre avec Stromboli de Roberto Rossellini. C'est un film d'après-guerre. Rossellini le tourne en 1949 et il veut en finir avec cette guerre dans laquelle lui-même est passé de l'éloge du fascisme (sa trilogie sur l'héroïsme des guerriers italiens) au service (après-coup) du bel idéal que fut celui de la résistance. Rossellini, vire-capot de fer. Fasciste, moi ? Voyons donc, cinéaste ! Il a travaillé pour Mussolini, il travaille pour l'idéal chrétien, tout sera oublié ! Stromboli, c'est ça ! Sur les ruines du fascisme, il signe un hymne sur les valeurs éternelles de la chrétienté.
 
    Mais Stromboli, c'est aussi Ingrid Bergman. Il est allé la chercher à Hollywood, il l'a ramené comme un trophée, la presse est enthousiaste, mais le cauchemar médiatique commence quand elle apprend que ces deux là, mariés chacun de leur côté, font catleya…, comme chez Proust. Des adultères ! On se signe, le scandale démarre. Il durera plus longtemps que le tournage sur l'île de la mer Tyrrhénienne dont le volcan est loin de dormir… Les premiers paparazzis débarquent sur l'île, on les repousse et Mme Bergman aura toutes les misères du monde à se concentrer dans son rôle de rescapée des camps de la mort accueillie par un bon pêcheur de thon. Elle n'aime pas cette île, le pêcheur l'engrosse, elle veut fuir, mais le volcan (qui tient le meilleur rôle) s'en mêle. Vapeurs épouvantables qui terrassent la fuyarde agenouillée et qui, frappée par la grâce, va se soumettre à son mari. Elle sera une bonne mère…, et Rossellini, l'ex-propagandiste du régime brun, est un bon démocrate chrétien ! Ce film fut, en Italie et aux États-Unis, un désastre financier total.
 
    Pour se changer des idées rosselliniennes et tordues, rien de tel que Jeanne Moreau en blonde platine dans un film noir et blanc : La baie des anges de Jacques Demy, c'est elle, mademoiselle Moreau qui a quitté la Comédie-Française, s'est faite voir à Avignon avec le prince de Hombourg (lumineux Gérard Philipe), et se prend un contrat à vie avec les caméramans, les maquilleurs, les éclairagistes et les gars du son. Pierre Cardin l'habille dans le deuxième long métrage de Demy (après Lola). Et je serais embêté de vous dire si, cette année-là, en 1962, elle a tourné Jules et Jim avant ou après La baie des anges… Le nom de son personnage c'est Jacqueline Demestrelle, mais c'est Jackie pour quelques-uns au casino de Nice et en particulier pour le modeste employé de banque Jean Fournier qu'interprète ce bel acteur que l'on a peu revu depuis, qui passa dans l'India Song de Duras en 1974, et dont le nom est Claude Mann. Moreau-Mann, beau couple. Beaux quand ils gagnent à la roulette, beaux quand ils perdent… Regardez-les jouer, ce 11 décembre.
 
    Ensuite, question de se bousculer les neurones, ce sera Pierrot le fou de Mister Godard. Un film qu'Aragon trouva « sublime ». Un des films qui ont marqué ma jeunesse, qui ont secoué les puces des années soixante quand j'avais 20 ans et que Godard était et dieu et maître… Je ne vous résumerai pas ce film de 1965 dans lequel le jeune Belmondo déclare qu'on est désormais (il y a donc 45 ans) « dans la civilisation du cul ». On voulait s'en réjouir, du cul civilisé, mais le Godard nous fouettait, il fallait se révolter contre le cul et ses dogmes…, c'était poétique, il y avait la mer bleue, et Anna Karina, un film bleu rouge et blanc aux couleurs de la France et signé par un Suisse grand fumeur de Boyard… Ah… Et Pauline Kael, encore, nous ne la lâcherons pas, écrivait dans le New Yorker que les femmes avaient rendu Godard fou et que Pierrot le fou était « si masochiste que le héros s'est enturbanné de dynamite avant de se faire sauter ».
 
    Film de clôture, le 14 décembre, ce sera le parfum de La chair de l'orchidée, premier film de Patrice Chéreau tourné en 1974. Encore là un homme et une femme, comme chez Rossellini, Demy et Godard, et que serait le cinéma s'il ne mettait pas en présence, en conflit, en amour, en combat, au lit, au chaud, au frette, un homme et une femme ? Charlotte Rampling et Bruno Cremer (que les frères Lumière aient son âme) assument ces rôles de l'homme et de la femme dans un univers noir, l'intrigue étant tirée du roman de James Hadley Chase, roman « américain » écrit par un Britannique dont le vrai nom était René Raymond. Une riche héritière et un éleveur de chevaux, de l'amour entre eux et des tueurs à leurs basques… Et quelques vieilles actrices attirées par Chéreau, Edwidge Feuillère, Alida Valli, et la Signoret qui avait 54 ans. Bon festival !

Robert Lévesque

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