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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

SI BILLY BOB LE DIT…

2010-12-09

    À faire le bilan de l’année cinéma (la semaine prochaine, rendez-vous ici même pour découvrir les tops de l’équipe de 24images.com), un triste constat, parmi d’autres, s’impose : 2010 aura été marqué par une réelle désaffection des salles. Ici, comme ailleurs, les résultats de box-office se sont réduits à peau de chagrin en inquiétant autant les dirigeants de studio que les petits producteurs indépendants (aux États-Unis, on estime ainsi que le nombre de billets vendus à chuté de 12% par rapport à 2009, et au Québec, les choses ne devraient pas aller mieux) En soi, ces résultats chiffrés n’ont rien à voir avec la qualité des œuvres de l’année. Sauf que l’œuf et la poule se rejoignent tout de même. Timidement d’abord, de plus en plus fort ces derniers temps, des voix se sont élevées pour dire ce que tout le monde pense tout bas : si les chiffres sont si catastrophiques, c’est que les films, ou en tout cas, ceux qui prennent toute la place, sont mauvais et que le public n’est pas aussi demeuré que certains voudraient bien le croire. 

    Fin novembre, c’est A.O. Scott qui partait le bal dans le New York Times. Expliquant comment, pendant une semaine de vacances, il a repris ses habits de spectateur lambda en allant voir des films au cinéma comme tout le monde, il commence par révéler une des raisons, « la plus commune et la moins comprise », qui nous poussent à aller nous réchauffer le derrière dans les salles obscures : l’ennui. Un quotidien trop routinier ? Une journée longue et triste comme le boulevard Taschereau? Hop, on file se gaver d’une vie par procuration devant un grand écran. Retour aux fondamentaux, donc.

    Une attitude humble qui permet en fait de ne pas être trop déçu. Sans réelles attentes autres que celle d’oublier une après-midi trop ennuyeuse, un film ne peut en effet trop désappointer. « Très peu de films sont si mauvais qu’ils ruinent l’expérience d’aller au cinéma, ajoute-t-il, expérience qui est d’ailleurs pensée pour satisfaire de modestes attentes et mettre en sourdine, plutôt que d’enflammer, les enthousiasmes ». Comme il l’explique ensuite, les mois de novembre-décembre sont les meilleurs moments où observer l’espèce de schizophrénie s’emparant du monde du cinéma et opposant d’un côté les films dont on attend autre chose que de combler cet ennui (de The Social Network à Black Swan), ceux en réalité qu’on devrait bientôt retrouver dans la liste des prétendants aux oscars et qui ne font depuis quelque temps plus un kopeck au box-office, et ces autres films (Harry Potter, Little Fockers, n'importe quelle comédie romantique ou film d'horreur anonyme, la liste est longue), la grande majorité, conçus pour attirer le public en salles, avec un déploiement de trucs et astuces plus ou moins réussis et qui renflouent les caisses. Comme la santé, le cinéma aussi a deux vitesses. La preuve, cette année, s’appelle Jackass 3D… Peu importe la qualité, tant que la quantité est là.

    Timide, l’attaque contre ce cinéma de masse fait à la chaîne, de 9 à 5 sans autre souci que d’appliquer la formule est gagnante, devient beaucoup plus virulente sous la plume de Billy Bob Thornton (!), qui, il faut bien le dire, s’est autant commis d’un côté (The Man Who Wasn’t There) que de l’autre (Bad News Bears) de la barrière. Lus sur le site du Telegraph, ses propos ne laissent en effet place à aucune équivoque : « À mon humble avis, Hollywood est en ce moment en train de produire les pires films jamais faits ». En cause, la 3D, la violence gratuite, les vampires, le virtuel…Ce coup de gueule de l’acteur est symptomatique de ce que dénonce A.O. Scott : le marketing mastodonte associé aux films les moins intéressants artistiquement les rend forcément plus visibles que ces autres films, plus audacieux, plus construits, plus inventifs souvent dotés de budgets beaucoup moins imposants. Et la frontière entre ces deux mondes apparaît en effet de plus en plus nette et de plus en plus exclusive.

    C’est d’ailleurs peut-être là, bien plus qu’au nombre de billets amassés, que peut réellement se dessiner le bilan cinéma de l’année : au nombres de films capables de transcender cette frontière, capables d’allier réelle dimension esthétique, poétique ou même morale et sortie de l’anonymat, capables de réconcilier cinéphiles et « simples » spectateurs. Aux États-Unis, Christopher Nolan semble par exemple être le nouveau champion de ce cinéma du rabibochage (son Inception ne fait pas exception à la règle). En France, cette année, la surprise est venue de Xavier Beauvois dont le sublime Des hommes et des dieux (chez nous vers février) est venu sortir de leur torpeur les masses en se transformant en réel « blockbuster spirituel ». Ici, c’est vers Incendies, de Denis Villeneuve, que les regards se tournent, succès en salles que peu auraient pu prévoir. Trois films qui, dans cette perspective, auront donc marqué 2010. Les esprits chagrins trouveront que c’est peut-être peu. Les autres continueront à penser que tout espoir n’est pas vain. 

Bon cinéma 

Helen Faradji

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Vos réactions (3)

  1. Pas un kopeck? The Social Network s'approche du $100M au box-office! Et je crois que Black Swan a aussi le potentiel pour être un hit...

    par Kevin, le 2010-12-09 à 12h18.
  2. Les recettes sont plutôt en hausse de 2 % selon les derniers chiffre (Boxofficemojo.com). Comparé à l'an passé, le nombre de billets vendus a diminué de 1%. Il faudra donc faire l'analyse inverse.....

    par Martin, le 2010-12-14 à 11h38.
  3. En fait, je comprends votre erreur....Vous avez pris les chiffres à date pour 2010....Mais l'année n'est pas encore terminée.

    par Martin, le 2010-12-14 à 11h38.

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