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L'AMOUR FOU - critique de Juliette Ruer

2010-12-16

    L’un a les pieds sur terre et le sens des affaires; l’autre est la quintessence de l’artiste, dont le génie a participé aux changements du
XXème siècle. L’amour fou est le premier long métrage du photographe de plateau Pierre Thorreton. Artiste vidéo, il a participé à plusieurs foires d’art contemporain et a ainsi fait la connaissance de Pierre Bergé. Complice, il a pu entamer une longue conversation filmée avec Bergé, après le décès de Saint Laurent, et au moment de la vente aux enchères des oeuvres d’art du couple.

    C’est un plaisir d’écouter Pierre Bergé parler. Le verbe est manié avec honnêteté, avec raffinement. Il ne se défile pas, trouve le mot juste pour parler de coup de foudre entre deux personnes croisées lors d’un dîner; il reste pudique mais franc pour décrire un mal de vivre qui fera de Saint Laurent cet homme fragilisé jusqu’à la fin de sa vie; et il se montre toujours tendre quand il décrit l’extrême timidité et la nécessaire frivolité de l’artiste.

    Et ce film ne respire que quand Pierre Bergé parle. Le reste du temps, la caméra erre entre les appartements parisiens, le Château Gabriel en Normandie et la maison de Marrakech au milieu des jardins de Majorelle. On décroche les œuvres, on les emballe, on voit les murs nus. Il y a bien des films d’époque où revit Saint-Laurent, et c’est toujours un plaisir d’observer ce drôle de papillon. Mais sinon, on reste endormi devqnt un documentaire conventionnel qui semble chercher une voie d’accès, une manière de montrer. L’errance visuelle est belle mais convenue.

    Par contre, le réalisateur fait un point sur l’art, qui symbolise bien les deux personnalités du couple. Durant tout le film, Pierre Bergé raconte comment ils ont tous deux acquis les œuvres qui peuplaient leurs maisons. Le coup de foudre pour des vases dans une vitrine, pour une statue de Brancusi, pour un tableau de Mondrian… tout n’a été qu’émotion dans l’acquisition, et Yves Saint Laurent n’aurait réellement pu vivre sans ses objets chéris. Ces chef-d’œuvres adorés, contemplés, devenus presque habités, ont subitement retrouvé un statut d’objets à la mort du designer. Durant la vente aux enchères organisée par Christie’s, ce qui n’était qu’affect s’est transformé en monnaie d’échange et le Brancusi a même établi un record de vente de plus de 29 millions d’euros. Lors de cette
vente, on voit les chiffres, faramineux, qui grimpent et s’envolent. Les sourires sont complices, le marteau tombe. Pierre Bergé, amoureux d’art mais homme du réel, est satisfait, sans plus. Il a fait le ménage de son passé.

Juliette Ruer

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