Format maximum

Écrans

MESRINE - critique de Damien Detcheberry

2010-12-16

LE MYTHE ET LA NAPHTALINE

    La sortie très tardive au Québec – près de deux ans après sa sortie européenne – du diptyque Mesrine : l’instinct de mort et Mesrine : l’ennemi public numéro 1 force désormais la comparaison avec Carlos, d’Olivier Assayas, adaptation fleuve elle aussi des spectaculaires méfaits d’un autre hors-la-loi médiatique des années soixante-dix. Au-delà des affinités esthétiques, on remarquera surtout que les deux œuvres sont cohérentes avec leur sujet : si Carlos est un homme ouvertement plus complexe, plus politisé, qui appelait l’étude complète qu’en a faite Assayas, le personnage de Mesrine semble avoir légitimement donné lieu à un film fourre-tout, clinquant et putassier, fidèle à l’image de ce Dillinger franchouillard et populaire.

    Nul besoin de revenir ici sur la personnalité de Jacques Mesrine et sur ses activités criminelles. Mesrine, le film, les résume toutes et se veut le juste portrait d’un homme dont toutes les actions visaient à la construction médiatique d’une icône mégalomane et égocentrique. D’où la récupération personnelle et systématique de causes plus ou moins sincères qui lui ont permis de s’élever au rang de « mythe » anarchiste : Mesrine se voulait Robin des bois moderne, pourfendeur des abus d’incarcération, gangster révolutionnaire... Il n’était au final qu’un malfrat qui s’est acheté à coups d’éclats de balles et de braquages une image publique de hors-la-loi plus grand que nature, à la fois clown et croquemitaine notoire.

    Sur cette fascination médiatique pour le truand, à travers le portrait du plus exhibitionniste d’entre eux, il y avait en effet amplement matière à un film, voire deux. Malheureusement, disséminés dans cette longue fresque biographique, les instants où Jean-François Richet (Ma 6-T va cracker, Etat des lieux, Assault on Precinct 13) parvient à prendre le recul nécessaire à une telle réflexion se comptent sur les doigts de la main, car le cinéaste reste constamment pris au piège d’une tonitruante production de luxe. De spectaculaires séquences de hold-up et de courses-poursuites en voitures « d’époque » succèdent à de longues scènes d’exposition permettant au gotha de la cinématographie francophone (Gérard Depardieu, Mathieu Amalric, Roy Dupuis, Olivier Gourmet, Cécile de France, Gérard Lanvin, Ludivine Sagnier) de bénéficier d’une apparition soulignée – en postiches « d’époque » – à l’ombre d’un Vincent Cassel omniprésent.

    Malgré le talent de l’acteur à incarner les aspects les plus sombres de Mesrine comme les plus séduisants, le film, écrasé sous le poids de son opulence, devient trop souvent le spectacle grotesque dont il aurait dû être la satire. Un spectacle d’abord distrayant, mais qui tourne rapidement à vide et reste constamment en surface. N’ayant ni la classe ni l’érotisme de Bonnie & Clyde, ni le mauvais goût assumé de Natural Born Killers, le film de Jean-François Richet a l’air d’un téléfilm gonflé aux hormones, une reconstitution vintage lisse et appliquée qui, à force d’osciller entre la complaisance et la neutralité, finit par ne pas dire grand-chose. 

Damien Detcheberry

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.