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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

BILLET BILAN

2010-12-16

2010, ANNÉE DICHOTOMIQUE?

    De quoi aura été faite notre année cinéma? En bref...

    Début 2010, souvenons-nous en, la déferlante 3D s'abattait sur nos écrans, dans la foulée d'Avatar. Fin 2010, la nouveauté apparaît plus gadget qu'autre chose, ayant surtout servi à soutenir les sensations de navets de compétition (Jackass, Piranha). On attendra tout de même de découvrir cette nouvelle version de Tron et comment l'ami Scorsese se dépatouillera dans ces univers en relief avant de la jeter aux poubelles.

   On gardera aussi en mémoire les succès surprises d'Incendies de Denis Villeneuve et de Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois. Dans un monde de plus en plus chaotique, où les repères s'écroulent les uns après les autres, le cinéma se fait refuge spirituel.

    Et par ici, outre les amourettes de Xavier Dolan, ce sont la mort et le deuil (3 Temps après la mort d'Anna, Route 132, A l'origine d'un cri, Les signes vitaux, Incendies...) qui auront laissé leurs ombres noir corbeau sur notre production de l'année. Un signe des temps d'un monde en train de se questionner sur comment affronter un avenir dont on ne sait rien, sur la meilleure façon de faire face à l'inconnu?

    Quelques plans encore à retenir: Emmanuel Bilodeau déguisé en quille dans Curling, Michael Lonsdale expliquant l'amour à une jeune femme algérienne dans Des Hommes et des Dieux, les sublimes ralentis de Jia Zhang-ke dans I wish I knew, la sensualité débordante avec laquelle Andrea Arnold filmait Michael Fassbender dans Fish Tank, le regard de Tahar Rahim dans le miroir de sa prison dans Un prophète, les claquettes et le peignoir porté par Jesse Eisenberg dans The Social Network...

    Et pour finir, comme promis, les tops de l'année de toute l'équipe de 24images.com:

Éric Fourlanty (en ordre alphabétique)
Ajami, de Scandar Copti et Yaron Shani
Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan
Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois
Gainsbourg (une vie héroïque), de Joann Sfar
Un prophète, de Jacques Audiard


Juliette Ruer
Ruban Blanc, Michael Haneke: l’esprit scientifique d’Haneke au top. Il confirme son hypothèse en deux heures et demi de cours magistral et nous laisse pantois devant le résultat.
Un prophète, Jacques Audiard: ce n’est pas une prison mais la liberté. Ce n’est pas une victime mais une force motrice. Ceci est un film français magistral.
Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois: un concentré de cinéma, de politique, d’humanisme, de chants et de tableaux. Michael Lonsdale forever.
Tournée, Mathieu Amalric: la Nouvelle Vague est revenue. Elle est féministe et touchante.
Pour des raisons variées, leur départ chagrine : Eric Rohmer, Claude Chabrol, Dennis Hopper, Patricia Neal, Bernard Giraudeau, Pierre Vaneck.


André Roy
Blissfuly Yours, Syndromes and A Century (présentés au Parc) et Oncle Bonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apitchapong Weerasethakul
The Ghost Writer, pour Roman Polanski qui a enfin retrouvé sa liberté
Rétrospective Jafar Panahi au FFM, pour le cinéaste enfin sorti de la prison d’Evin, où il a été maltraité, et pour son courage
Letters from Fontainhas. Three Films by Pedro Costa, 4 DVD de Criterion Collection
Pourquoi les coiffeurs ? Notes actuelles sur Le Dictateur, un livre (formidable) de Jean Narboni (Éditions Capprici)


Gilles Marsolais
Un prophète, Jacques Audiard
Shutter Island, Martin Scorsese
Biutiful, Alejandro González Iñárritu
Vous n'aimez pas la vérité, Luc Côté et Patricio Henriquez
À l'origine d'un cri, Robin Aubert


Damien Detcheberry
Année Bissextile – Michael Rowe
Copie conforme - Abbas Kiarostami
The Social Network - David Fincher
Tender Son - The Frankenstein Project - Kornel Mundruczo
Tournée - Mathieu Amalric


Romain Chareyron
Des Hommes et des dieux (Xavier Beauvois): en faisant de l'assassinat, en 1996, des moines de Tibhirine par un groupe islamiste armé, Xavier Beauvois touche à l'universel et signe ici son oeuvre la plus aboutie. Avec un minimum d'effets et une rigueur de mise en scène rappelant le meilleur du cinéma de Carl Dreyer ou Robert Bresson, Beauvois fait naître une tension dramatique constante et atteint au sublime. Sans conteste, le meilleur film de l'année écoulée.
The Ghost Writer (Roman Polanski): après quelques réalisations moyennement inspirées (La Neuvième porte; Oliver Twist), Roman Polanski revient à ses thèmes de prédilection - les faux-semblants et l'inquiétante étrangeté qui émane du quotidien – pour offrir l'un de ses meilleurs films. Une mise en scène inspirée et maîtrisée de bout en bout jusqu'à un final éblouissant d'intelligence et de cruauté. Un très grand cru!
The American (Anton Corbijn): après avoir dépoussiéré le genre du biopic (Control), Anton Corbijn s'attaque à celui du polar, dont il ne retient ici que le squelette pour nous en livrer une version épurée jusqu'à l'os. Tout en lenteur contemplative, le film repose sur une mise en scène aussi ascétique qu'inventive. Déroutant et subjuguant. 
Inception (Christopher Nolan): machine hollywoodienne à la mécanique complexe et implacable, le film de Christopher Nolan nous plonge dans les arcanes du rêve – ou du cauchemar – et tisse une intrigue à tiroirs où il fait bon se perdre et se laisser dériver. Un film qui réussit le double pari d'être à la fois divertissant et intelligent.
Balada Triste (The Last Circus) (Alex de la Iglesia): l'un des coups de coeur du dernier FNC, cette fable sur la Guerre Civile espagnole mêlant horreur, baroque et grotesque est un enchantement visuel de tous les instants. Alex de la Iglesia fait s'entrechoquer les genres dans un bouillonement créatif permanent et signe à coup sur l'ovni cinématographique de 2010.


Marcel Jean
La palme d'or à Oncle Bonmee: le geste radical et réjouissant du jury de Cannes.
La mort de Satoshi Kon. Bien sûr, Chabrol et Rohmer ont aussi passé l'arme à gauche en 2010 mais le réalisateur de Paprika n'avait que 46 ans.
The Complete Metropolis. Désormais disponible en DVD et en Blu-ray, la version longue du classique de Fritz Lang révèle un film à l'équilibre jusque là insoupçonné.
Des hommes et des Dieux: le plus récent film de Xavier Beauvois est une remarquable réussite.
Le succès d'Incendies. Dans une cinématographie normale, on n'en parlerait pas, mais au Québec, alors que les films les plus insignifiants font courir les foules (Cruising Bar 2, Lance et Compte), ce succès imprévisible et inattendu est une excellente nouvelle


Robert Lévesque
Carlos d'Assayas et le documentaire sur le tournage interrompu de L'Enfer d’Henri-Georges Clouzot, de Serge Bromberg


Bruno Dequen
Film de l'année : Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino
DVD/Blu-ray de l'année : The Thin Red Line de Terrence Malick chez Criterion
Découverte de l'année : Animal Kingdom de David Michôd
Événement québécois de l'année : le succès surprise d'Incendies, qui va peut-être enfin changer le partage des enveloppes de rendement
Événement international de l'année : l'explosion de Netflix et le dégonflement rapide du 3D qui confirme le changement de statut du cinéma en salles.


Helen Faradji
Carlos d'Olivier Assayas, ou comment en 5h30 de fresque épique, politique et humaine, Assayas a refait du cinéma un événement bien plus palpitant qu'Avatar. On regrette que cette version n'ait pu trouver sa place en salles, sauf au Festival du Nouveau Cinéma. Une vraie déception.
L'excellente tenue du cinéma français: Carlos, donc, mais encore les magnifiques Des Hommes et des Dieux, Un prophète et Tournée: les cinéastes hexagonaux, et leurs acteurs, remettent les pendules à l'heure
Le documentaire: Jia Zhang-ke, mais encore Bromberg, Heidi Ewing et Rachel Grady (12th and Delaware), le grand Wiseman, en double (Boxing Gym et La danse) ou la découverte québécoise de Philippe Lesage avec le magnifique Ce coeur qui bat; les amateurs de réel ont été comblé.
Le succès de nos cinéastes partout sur la planète : Dolan en France, Côté à Locarno, Villeneuve à Venise, bientôt Lafleur à Berlin, les Cahiers s'intéressant de près à ce fourmillement; notre cinéma excite ailleurs en ses terres. On reste optimistes en se disant que c'est déjà ça de pris.
Fragments, de Marilyn Monroe (éditions du Seuil) : notes, extraits, pensées, poésies, autant de documents inédits retrouvés et compilés où la sublime blonde évoque avec mélancolie et finesse son métier, sa solitude, son rapport au cinéma et à la littérature et qui nous font redécouvrir celle qu'on a trop souvent eu tendance à réduire à son timing comique et son charme incontestable.

A vous maintenant de partager ce qui aura fait votre année cinéma!

Bon cinéma et de très joyeuses fêtes à tous

Helen Faradji

 

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