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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

À LA VÔTRE, CINÉPHILES!

2011-01-06

    Et voilà, une autre de finie. Avec son lot de déceptions, d'espoirs envolés, de projets avortés. Car, on peut bien faire le malin, 2010 n'aura pas été une année cinéma exceptionnelle. Quelques bons coups, certes (cette palme à Weerasethakul au nez et à la barbe de plusieurs), quelques découvertes, quelques films événements (ce Carlos d'Assayas, mes amis…), mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Un cru moyen. En terres cinéphiles, il vaut pourtant mieux voir le verre à moitié plein et penser à demain. Et ce 2011, alors, que nous réserve-t-il? L'arrivée tant espérée, après des mois et des mois d'annonces et de reports, de The Tree of Life sera-t-elle à la hauteur? Des Hommes et des Dieux saura-t-il aussi séduire par ici? Vénus Noire fera-t-il tomber Kechiche de son piédestal? Tomberons-nous nous aussi sous le charme de Léa Seydoux dans Belle Épine? En Terrains Connus marquera-t-il le début des réjouissances québécoises? Thor par Kenneth Brannagh, vraiment? A-t-on vraiment osé faire un remake de Straw Dogs (oui...)? Autant de questions qui nous occuperont un moment, c'est certain. En attendant, on peut aussi aborder cette nouvelle année en formulant quelques vœux. Car, entre vous, nous et l'œil de la caméra, on en a bien besoin.

    *Que Jafar Panahi soit libéré. C'était la mauvaise nouvelle du temps des fêtes : le 20 décembre, le cinéaste iranien était condamné à 6 ans de prison et 20 ans d'interdiction de réaliser des films pour "rassemblement et collusion contre la sécurité nationale et propagande contre la République islamique". Mohammad Rasoulof, un autre cinéaste, a écopé de la même sentence. Qu'en 2011, en Iran et partout ailleurs sur la planète, des artistes soient muselés et empêchés de créer, est intolérable. Le 11 février prochain, le cinéaste Raffi Pitts a appelé tous les cinéastes à cesser de travailler pendant deux heures pour manifester leur solidarité. On peut également signer une pétition ici. Télérama a pour sa part publié une version traduite du très beau plaidoyer de Panahi devant ses juges. Et on peut surtout, surtout, persévérer à s'indigner.

    *Que le feuilleton des salles de cinéma à Montréal se règle enfin. En face du métro St-Laurent. Non, finalement, à leur ancienne place. Non, finalement, là. Ou encore ici. L'aventure ubuesque de l'éventuelle réouverture des salles de l'ex-Ex-Centris a quelque chose de ridicule. Et pendant les travaux, les errements, les indécisions, les spectateurs déconfits restent devant leurs écrans 60 pouces. Qui y perd, au juste, pensez-vous?

    *Que le statu quo festivalier prenne fin. Entre un Festival des Films du Monde fin août et un Festival du Nouveau Cinéma début octobre, les forces sont divisées. Et plutôt que de pleurer chaque année sur la toute-puissance de Toronto et de son beau nouveau complexe, peut-être serait-il temps d'enfin réunir les cercles cinéphiles en ne gardant qu'une manifestation, grande et excitante, digne de ce nom.

    *Que la distribution de films français et francophones fasse preuve d'un peu plus d'audace. Ces derniers temps, nous sont en effet passés sous le nez de présumés bien beaux films, Illégal, Bas-fonds de Le Besco, Un poison violent de Katell Quillévéré, prix Jean-Vigo de l'année ou La vie au ranch. Toutes sortes d'œuvres qu'on aimerait aussi pouvoir découvrir sans attendre leur arrivée directe en DVD, pour les plus chanceuses d'entre elles.

    *Que l'on cesse de mesurer le succès des films au seul critère de leurs résultats de box-office : les rencontres entre le public et l'art sont rares. Et le fait qu'un film reste confidentiel ne prouve absolument pas qu'il n'est pas intéressant, bien au contraire.

    *Que les cérémonies de remises de prix diverses et variées nous fassent avaler nos chapeaux en n'étant pas si prévisibles. Tiens, jouons : cette année, on sait déjà que Denis Villeneuve, David Fincher et Xavier Beauvois auront de quoi garnir leurs dessus de cheminées…

    *Que l'offre DVD au Québec s'améliore : il suffit de faire un tour dans les Europe pour le vérifier : coffrets célébrant l'histoire du cinéma en belles et grandes pompes (comme celui-ci, pas piqué des hannetons), films offerts avec des suppléments riches et intéressants quand ici on doit souvent se contenter de maigres bandes-annonces, incessantes sorties de titres inédits alors qu'ici, un simple La maudite galette dort encore dans les greniers… il serait temps que nos coffres à joujoux soient aussi mieux garnis

    *Que le monde de l'humour et de la comédie se déniaise un peu. Soit, nos blockbusters à haute valeur en humoristes ajoutés font rire dans les chaumières. Mais il serait temps aussi que l'humour se décoince, qu'il montre les dents, qu'il joue à plein sa fonction cathartique. Que l'on arrête d'avoir peur des saillies des Ricky Gervais, Jon Stewart, Zapartistes ou Sarah Silverman de ce monde. Ces fous du roi font respirer notre monde. Et surtout, ils sont l'arme la plus efficace contre le fléau du consensus mou.

    *Que le Québec ait enfin une émission consacrée au cinéma : radio ou télévision, peu importe. Les blogues regorgent de preuves que l'on aime, par ici, discuter cinéma. Pourquoi alors nos ondes restent-elles si désespérément dépourvues d'espaces où le faire?

    *Que tout simplement on prenne enfin, véritablement, le cinéma au sérieux. Pas en pontifiant, en s'asseyant sur des dogmes ou en étant plus doctes que tout le monde. Non, simplement, en s'amusant, en le célébrant, en s'enthousiasmant. On n'a pas encore trouvé de meilleures façons de se faire plaisir.

    À vous tous, qui nous suivez chaque semaine, nous en profitons aussi pour vous souhaiter une magnifique année, à la hauteur de toutes vos espérances

Bon cinéma

Helen Faradji

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