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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

RIQUET À LA HOUPPE

2011-01-20

Il était une fois une reine qui eut un fils si laid et si mal fait, qu'on douta longtemps s'il avait forme humaine. Une fée assistait à    sa naissance, elle assura qu'il aurait beaucoup d'esprit : elle ajouta même qu'il pourrait, en vertu du don qu'elle venait de lui faire, donner autant d'esprit qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux. 

Tout cela consola un peu la pauvre reine, affligée d'avoir mis au monde un si vilain marmot. Il est vrai que cet enfant ne commença pas plus tôt à parler qu'il dit mille jolies choses, et qu'il avait dans toutes ses actions je ne sais quoi de si spirituel, qu'on en était charmé. J'oubliais de dire qu'il vint au monde avec une petite houppe de cheveux sur la tête, ce qui fit qu'on le nomma Riquet à la Houppe.
Charles Perrault.

    Il l'avait promis, et cela va fort probablement se réaliser. Ricky Gervais ne présentera pas, pour une troisième fois consécutive, la soirée des Golden Globes. Dimanche soir dernier, le trublion britannique a en effet réussi à créer la polémique en passant au hachoir de son humour affreux, sale et méchant, l'hypocrisie des scientologues, les croulants de l'Association de la presse étrangère à Hollywood et les rumeurs de corruption qui l'entachent ou l'âge de certaines comédiennes. Les attaques étaient personnelles, ciblées, mordantes.

    Ce cher Ricky a en réalité tant choqué que, dès lundi, la presse s'est déchaînée contre ce torrent de mauvais esprit, le Washington Post
n'ayant d'ailleurs même pas hésité à réclamer sa tête et à se demander si l'Angleterre était partie en guerre contre les États-Unis! By jove! Des réactions qui ne font pourtant que prouver que l'animation de Gervais a été l'une des meilleures des dernières années. Car, entre nous, si le poil à gratter ne pique pas, à quoi peut-il bien servir? Au royaume du conformisme et de la complaisance qu'est celui des galas de récompenses, il ferait peut-être bon de se rappeler qu'il n'y a point d'éloge flatteur sans liberté de blâmer. Ou de revoir Ridicule de Patrice Leconte pour ceux qui n'aiment pas lire des livres. Hollywood n'est pas la mafia, il n'y a pas, il ne devrait pas y avoir, d'omerta à observer. Les fous du roi, les bouffons, les pourfendeurs de l'à-plat-ventrisme devraient y être les bienvenus et au diable le maudit politiquement correct.

    Ricky Gervais a dérangé les privilégiés? Pauvres petites choses qu'il faut mieux protéger. Vite, vite, à nos blancs d'antenne et à nos trois secondes de décalage. Il se murmure même que l'absence à l'antenne de Gervais pendant une bonne heure au milieu de la soirée aurait été le fait d'un recadrage en coulisse pour limer ses crocs. L'hyper-frilosité étant de toute façon à la mode ces temps-ci (l'absurdité de censurer Money for Nothing, Bellochio empêché de tourner un film sur Berlusconi, un fatal NC-17 apposé au très beau Blue Valentine de Derek Cianfrance pour cause de cunnilingus – la liste est tristement longue), pourquoi ne pas en effet aussi refuser toute langue fourchue, toute pensée qui dérange, toute idée qui fait tache?

    Ces atermoiements après la prestation, on le répète, profondément jouissive de Gervais ne font que révéler encore davantage les limites du médium télévisuel, ce gros paquebot qui se doit d'avancer sur des mers aussi lisses que de l'huile pour ne pas sombrer. Que les spectateurs y trouvent leur compte importe au final assez peu. L'essentiel est que les puissants ne soient pas fâchés. Aaron Sorkin, scénariste légitimement récompensé pour son travail d'orfèvre sur The Social Network a eu ces mots inspirés lors de son discours de remerciement : « merci aux studios Sony d'avoir cru que ceux qui regardent les films sont aussi intelligents que ceux qui les font ». Il serait bon que d'autres se mettent aussi à le croire. Ou envisager de diffuser ces galas sur le web, encore relativement vierge de ces contraintes de bon ton.

    Les oscars qui se tiendront le 27 février prochain feront pourtant revenir les choses à la normale, nous pouvons en être assurés. James Franco et Anne Hathaway, tout sympathiques soient-ils, ne mordront pas la main qui les nourrit, n'auront pas un mot plus haut que l'autre, ne dérangeront personne. Et nous nous ennuierons probablement.

    Seule bonne nouvelle au milieu de ces ridicules plaintes, l'annonce cette semaine du retour de la pertinente, dynamique et on l'espère caustique Sylvie Moreau à la barre de la soirée des Jutra. En compagnie du doux-dingue Yves P. Pelletier, elle animera donc notre grand raout national le 13 mars prochain. On s'en réjouit d'avance. Et on se permettra de rappeler ici les dix commandements du parfait petit animateur de gala:
D'être baveux, tu abuseras
De scratcher / danser / chanter, tu t'abstiendras
D'improviser, tu ne te gêneras pas
De bonne humeur, tu rayonneras
D'être politique, tu te permettras
De connaître les films, tu t'engageras
Des blagues de mononcle, tu te passeras
D'être vulgaire, tu refuseras
De trop lécher les bottes des présentateurs, tu te dispenseras
Du rythme, tu imposeras

Bon cinéma

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. bah. ricky gervais est quand même pas si moche... vous êtes un peu dure.

    par Hlynur, le 2011-01-20 à 22h37.

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