Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

GROS CANONS

2007-06-28

Gros canons

    Certaines semaines ont, chevillées à leur passage, un goût amer. Celle-ci en est une. Nous apprenions en effet en début de semaine le décès de M. Léo Bonneville, 87 ans, fondateur de la revue Séquences. Fondateur du premier cinéclub étudiant en 1950, directeur de la revue jusqu'en 1994, auteur et professeur de cinéma, M. Bonneville s'est éteint des suites d'une fibrose après 5 semaines d'hospitalisation. Nous rendons ici hommage a un de ceux sans qui la cinéphilie québécoise n'aurait peut-être pas pris le même envol et présentons nos plus sincères condoléances à sa famille et ses amis.

    Difficile, après cela, de revenir à nos moutons. Mais on pourrait se demander, par exemple, de ce que M. Bonneville aurait pensé de l'alignement de sorties de la semaine. Grand mélomane, il aurait probablement été intrigué par L'homme de cuivre : Vic Vogel, documentaire signé Rénald Bellemare consacré au grand pianiste de jazz montréalais. Une occasion toute trouvée pour aller vérifier si Boris Vian était si profond que ça lorsqu'il disait: « On ne comprend pas une oeuvre, on comprend l'homme qui l'a faite ».

    Par l'odeur des gros canons reboutés, on passera par contre bien plus facilement son chemin sur la série d'énormes puddings envahissant nos écrans cette semaine. Évidemment, Die Hard, 4ème du nom, perpétuant la série "nos stars ont vieillies, mais même en marchette, elles peuvent continuer à sauver le monde". On passera d'autant plus que M. film d'action 100% testostérone, John McTiernan, responsables des volets 1 et 3 de la série ayant fait rêver tous les petits garçons, a laissé sa place à Len Wiseman, auteur des indéfendables Underworld.

    Du côté québécois, les héros seront peut-être plus jeunes, mais le parfum de kérosène dégagé par Nitro, superproduction d'Alain Desrochers dont on devine le manque d'âme, nous donne, lui aussi, envie de prendre la clé des champs. Vroum Vroum dit avec force et canons la campagne de promotion. Bye bye, répondrons-nous avec autant de détermination.

    Quant à Sicko, nouvel opus manipulateur de Michael Moore, opposant avec la finesse d'un bulldozer les systèmes de santé américain et européen, il prouve que désormais, les blockbusters ne sont plus les seuls à bénéficier d'une recette prête-à-filmer. Les documentaires aussi y ont droit.

    Et si les enfants risquent de rigoler devant ce Ratatouille, nouvelle animation Pixar où un rat gastronome (on aura tout vu) rêve de devenir chef, les plus grands, eux, risqueront la déprime sévère avec l'alignement de mélos à sortir ce vendredi. Entre la mourante d'Evening de Lajos Koltai et son casting consacré (Meryl Streep, Toni Collette, Claire Danes, Patrick Wilson, Vanessa Redgrave et Glenn Close) et les mesadaptés sociaux d'Eagle vs Shark de Taika Cohen, l'ambiance n'est certainement pas aux pirouettes et bonds de joie.

    Pas plus qu'elle ne l'est d'ailleurs dans La raison du plus faible, de Lucas Belvaux, réunissant le cinéaste, Eric Caravaca et Natacha Régnier. Mais puisqu'il y a eu cette trilogie signée Belvaux (Un couple épatant, Cavale, Après la vie), on est prêt à avaler beaucoup de couleuvres.

Helen Faradji



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