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FRANZ KAFKA’S A COUNTRY DOCTOR AND OTHER FANTASTIC FILMS BY KOJI YAMAMURA – critique de Marcel Jean

2011-02-10

LES DEUX (OU TROIS) VISAGES DE KOJI YAMAMURA

    Depuis la sortie de Mt. Head (Atama Yama) en 2003, Koji Yamamura est devenu l’une des grandes figures de l’animation indépendante japonaise.  Grand prix non seulement au festival d’Annecy, mais aussi à Hiroshima et à Zagreb, mis en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage d’animation, ce film étonnant dans lequel un homme voit un cerisier lui pousser sur la tête s’est immédiatement hissé au rang de classique du cinéma d’animation moderne. Koji Yamamura y dévoile un sens de l’absurde hors du commun, puisant dans les traditions théâtrales japonaises pour orchestrer une trame sonore raffinée et complexe qui vient en appui à un graphisme riche et original.

    Le petit éditeur Kimstim, dont le catalogue compte des films d’Alain Resnais, de Chantal Akerman, de Jan Svankmajer et de Jiri Barta, vient de lancer sur le marché nord-américain un dvd intitulé Franz Kafka’s A Country Doctor and Other Fantastic Films by Koji Yamamura. Le disque regroupe une quinzaine de titres réalisés par le cinéaste depuis 1987. On y trouve bien entendu Mt. Head, mais aussi son ambitieuse et fascinante adaptation, datant de 2007, de la nouvelle Un médecin de campagne de Kafka, grand prix à Ottawa, à Stuttgart et à Hiroshima. Ces deux films dominent largement une filmographie comprenant plusieurs titres destinés aux enfants (Kipling jr., 1995; Your Choice!, 1999; etc.). Il en résulte la curieuse impression de naviguer à travers l’œuvre comme si elle se divisait en deux volets irréconciliables : d’un côté les films pour enfants, de l’autre ceux destinés aux adultes, même si ces derniers prennent parfois l’enfance pour sujet (Child’s Metaphysics, 2007).

    Conscient de cette rupture, l’éditeur du dvd a pris la judicieuse décision de regrouper les films en périodes, séparant même les œuvres de jeunesse du cinéaste (dans lequel son style n’est pas encore affiné et qui subissent très nettement l’influence de ses maîtres : Ishu Patel, Yuri Norstein et Priit Pärn). Ainsi, les films sont répartis en trois blocs chronologiques : 1987-1989, 1993-1999 et 2002-2007. Cette décision a pour effet d’atténuer l’hétérogénéité de l’ensemble et de favoriser une lecture de l’œuvre par période, ce vers quoi nous oriente d’ailleurs subtilement le texte du Torontois Chris MaGee qui accompagne le dvd.

    De la première période (1987-1989), on retient un désir manifeste d’exploration technique et esthétique, qui entraîne le cinéaste tantôt du côté du Canadien Ishu Patel (dans Aquatic, 1987), tantôt vers le penchant pour l’absurde de l’Estonien Priit Pärn métissé des effets de perspective propres au Russe Yuri Norstein (Perspektivebox, 1989). La deuxième période (1993-1999), si elle demeure marquée par la diversité technique, est davantage dégagée des influences directes. C’est celle des films pour enfants. Yamamura y développe un style composite, mariant les textures (le 2D et le 3D se mêlent dès la série Karo & Piyobupt, qui date de 1993), cultivant une imagerie étonnante, souvent baroque et parfois "surréalisante". Kid’s Castle (1995), un dessin animé à la facture plus classique, révèle le soin exceptionnel que le cinéaste apporte à la trame sonore de ses films. Yamamura y travaille avec le musicien Takashi Sudo et le concepteur sonore Yutaka Tsurumaki dans un esprit proche de celui qu’on retrouvait dans le classique de l’ONF Chaque enfant, d’Eugene Fedorenko, et pour lequel le musicien et concepteur sonore Normand Roger avait collaboré avec Les mimes électriques. La troisième période (2002-2007) est celle des films pour adultes. Yamamura y alterne les courts métrages ambitieux par leur durée autant que par leurs propositions narratives et graphiques (Mt. Head; The Old Crocodile, 2005) avec des réalisations plus modestes, plus courtes, caractérisées par leur simplicité et leur liberté narrative (Pieces, 2003; Child’s Metaphysics).

    Au final, le dvd paraît généreux (la durée des films totalise 124 minutes), même si on peut regretter  l’absence de suppléments, en particulier concernant la réalisation du somptueux Franz Kafka’s A Country Doctor. On a vu, en décembre dernier, lors des Sommets de l’animation à la Cinémathèque québécoise, que Yamamura avait documenté son travail (en particulier son travail sonore) en filmant diverses étapes de la réalisation du film. Ce matériel aurait aisément pu servir à bonifier le dvd en offrant aux spectateurs un appareil critique permettant de mieux appréhender ce film à la mise en scène exacerbée et largement référentielle.

Marcel Jean

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