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WHEN WE LEAVE - critique de Juliette Ruer

2011-02-10

DRAME PUR

    Dans les médias, le fait divers répond à l’essentiel, il va dire ce qui est. Fin de l’histoire. Voici maintenant un film comme complément d’information. When We Leave (Die Fremde), premier film de l’actrice autrichienne Feo Aladag, se pose en effet en genèse d’un drame sans nom, le crime d’honneur. Une jeune femme de 25 ans vivant à Istanbul fuit un mari violent et part avec son fils rejoindre sa famille musulmane traditionnelle installée à Berlin. Elle espère concilier famille et vie de femme libre. 

    Sur des airs tranquilles, au piano et au violon, avec une caméra qui suit l’héroïne comme une ombre, on suit le démantèlement de cet espoir. La violence de cette désillusion passe par des pointes brutales, dès les premières scènes, et ça se termine en un sommet mélodramatique. 

    Entre les deux, il n’y a pas de tentatives d’explication, car rien ne semble justifiable; juste l’exposition d’une mécanique de valeurs ancestrales où le poids d’une culture archaïque permet le crime au sein d’une famille. When We Leave est frontal, sans arrière-pensée, sans possibilité d'interprétation. La position de l’auteure est limpide. La vertu devient inattaquable. Les acteurs sont extraordinaires, notamment les vedettes turques Settar Tanriögen et Derya Alabora en parents déboussolés et la vibrante Sibel Kekilli – qui a gagné le prix de la meilleure interprétation féminine au dernier Festival du nouveau cinéma. Et le film fait le bonheur des festivals, de Berlin à Tribeca.  

    Il est vrai que la réalisatrice a fait les bons choix, en évinçant le discours religieux, en montrant une famille relativement unie et à priori non fanatique, et en ne tombant jamais dans le larmoyant. Exit la finesse de mise en scène ? Oui, tout est noir ou blanc. Les uns ont tort, les autres ont raison. On se prend alors à rêver de refaire le film avec cette sorte d’onirisme, de magie réelle qu’amène Lynn Ramsay dans Ratcatcher ou le souffle poétique d’Andrea Arnold dans Fish Tank... aussi des réalisatrices qui racontent des histoires bien glauques. Ici, personne n’ira se perdre dans des chemins de traverse; tant on nous tient serrés sur l’autoroute de l’indignation. Cet esprit rouleau compresseur rappelle le manichéisme des premiers films sur le sida.  

    Et pourtant, le crime d’honneur est ce qui ressemble le plus aujourd’hui à un délire de dramaturge. C’est la maison des Atrides au coin de la rue ! Iphigénie version XXIe siècle qui va être sacrifiée par son père pour que les vents soient bons ! Cette réalité à peine réalisable. Il fallait peut-être la marteler aujourd’hui pour que demain on puisse l’interpréter.    

Juliette Ruer

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