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THE GIRL - critique d'Helen Faradji

2011-02-17

LA PETITE FILLE AUX PIEDS NUS

    Après le film de vampire réinventé à la sauce existentialiste par Tomas Alfredson dans Let the Right One In, au tour du récit d’initiation de se voir revisité, cette fois sur le mode naturaliste, par Fredrik Edfeldt dans The Girl. Au-delà du prêt-à-monter, les Suédois maîtrisent aussi l’art de l’originalité.

    Mais The Girl, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, ne cherche jamais à surprendre, ne dérape jamais vers les effets ostentatoires. Tout se joue dans la délicatesse, la retenue, l’hyper-sobriété. Dieu sait pourtant que la tentation du racolage, du tapage ou de la pesante leçon morale aurait pu être grande. Car c’est bien d’initiation dont il est ici question. Celle d’une petite fille de 10 ans, solitaire et silencieuse (Bianca Engström, étonnante de naturel). Une sorte de Fifi brindacier qui se faisait une joie de partir en Afrique, avec ses parents et son frère, pour y aider d’autres enfants et qui avait même subi, sans broncher, les piqûres du vaccin nécessaire à un tel voyage. Mais la veille du départ, tout s’écroule. Ses parents la décrètent trop petite pour une telle aventure. Elle doit rester en plan, sous la surveillance de sa tante Anna. Commencera alors pour cette petite fille sans nom – The Girl, donc – l’été de tous les possibles. Délaissée par sa tante, écervelée et portée sur la bouteille, elle va s’approprier la nature environnante pour en faire un terrain de jeu et d’expérimentations et grandir un peu en chemin.

    Ce beau petit film, épiant cette enfant des bois sans jamais la juger, en préférant l’ellipse à l’explication, la sensibilité à la démonstration, la nuance à l’astuce, les silences et la subtilité aux images surchargées, nous l’avions découvert rapidement lors de son passage au Festival du Nouveau Cinéma en 2009 (à ceux qui se demandent encore à quoi servent les festivals, voilà une réponse). Là, il avait récolté le prix de la critique, une récompense plus que légitime pour ce film oscillant entre l’authenticité d’un réalisme social à la Ken Loach ou à la Lynn Ramsay (Morvern Callar) et l’approche pudique, délicate et onirique d’une Sofia Coppola période Virgin Suicides. Des mois plus tôt, du Festival de Berlin, il était reparti couronné de deux mentions (meilleur premier film et meilleur film jeunesse). Un petit film qui se démarquait donc, qui montrait des promesses et dont le travail sur la lumière, magnifique (signé Hoyte von Hoytema, déjà aux manettes de l’atmosphère nocturne et mélancolique de Let the Right One In, décidément) et l’observation quasi-lyrique de la nature à son plus beau auraient bien mérité d’être sublimés sur grand écran. Les dieux paresseux de la distribution en auront décidé autrement. Et voilà The Girl qui nous arrive en DVD, tout nu, sans suppléments dans une édition tout de même soignée parue chez Olive Films.

    Bien sûr, on préférera regarder le verre à moitié plein et se dire que, sans cette sortie, les chances d’avoir accès à cette œuvre poétique, élégante et retenue et de découvrir cette signature singulière, minimaliste et attachante qui est celle de Fredrik Edfeldt, auraient probablement été nulles. Reste que la question reste entière : à côté de combien de trouvailles comme celle-ci passons-nous chaque année? 

Helen Faradji

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