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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

C’EST LE TEMPS DES RENDEZ-VOUS

2011-02-17

    Avant de se lancer dans le programme des festivités, une nouvelle. Criterion, éditeur adulé de DVD aussi beaux que bons, vient de s’associer au site Hulu.com pour offrir en ligne tout leur riche catalogue. 7.99$ par mois, un contenu en streaming et en HD, une semaine d’essai gratuite, voilà qui devrait ressembler au bonheur. Sauf que… Les techno-twits seront fort déçus de constater que ledit site n’est accessible que depuis les États-Unis. Les autres trouveront une astuce et on viendra leur demander laquelle.

    Ceci étant dit, le temps des Rendez-Vous est arrivé. Pour une 29e édition, la grand’messe du cinéma québécois va ouvrir ses portes du 16 au 27 février, un tiers rétrospective de l’année, un tiers lieu de découvertes, un tiers lieu de fête (expo extérieure, Rendez-Vous d’hiver, 5à7, leçons de cinéma, dont une d’Alex Beaupain, célébrations des 25 ans du Déclin, des 40 de l’Acpav ou des 10 de Camera Oscura, rencontres avec les équipes de Café de Flore et de Gerry… tous les détails au www.rvcq.com). Une identité hybride, donc, mais surtout un événement pensé et conçu comme un instant de fête au milieu de l’hiver, un temps de rassemblement, de célébrations du cinéma québécois, de notre cinéma, à vivre la main dans la main et le nez dans un grog. Formidable. Sur le papier. Car, comme toujours, l’idée de l’existence d’une réelle communauté du cinéma québécois s’effrite bien vite dès qu’on veut y jeter un regard plus perçant.

    Bien sûr, dans les faits, ces 29e RVCQ profitent à plein de l’enthousiasme général entourant la vitalité et l’audace du cinéma québécois de 2010, et plus particulièrement de la nomination d’Incendies à l’oscar du meilleur film étranger (on peut, à ce sujet, revoir l’excellent et survolté discours du porte-parole Emmanuel Bilodeau lors de la conférence de presse de l’événement qui lançait admirablement les festivités). Bien sûr encore, les mots rassemblement, ensemble, milieu volètent dans l’air avec allégresse. Mais ceci n’efface pas tout à fait l’impression que tout ne va pas si bien au royaume du vivre-ensemble du cinéma québécois. À commencer par cette déclaration de Patrick Roy, président de Vivafilm, rapportée notamment par Marc Cassivi: « Pour moi, un film porteur n’est pas nécessairement un film d’auteur. On doit réfléchir pour qui et pourquoi on fait des films, et comment on peut rejoindre un public. Le marché est en baisse. On a décidé de moins s’éparpiller. D’investir davantage dans moins de projets. On ne distribuera plus 15 films québécois par année ». On objectera, et avec raison, que le distributeur de L’appât ou de Fillière 13 ne s’était de toute façon jamais fait remarquer jusqu’ici par son engagement auprès du cinéma d’auteur local. Certes. Reste que cette triste prédiction ne fait qu’accentuer l’idée d’un cinéma québécois à deux vitesses, chaque camp étant de plus en plus scindé, de plus en plus ignorant l’un de l’autre.

    On le disait la semaine dernière, les nominations aux Jutra, reflétant une sorte d’équilibre légitime, semblent imperméables à cette bête division. Mais là encore, l’idée d’une réelle communauté achoppe un peu. Car pourquoi, alors que les RVCQ mobilisent les forces vives, alors qu’ils apparaissent comme un lieu et un temps naturels pour célébrer, les Jutra n’y sont-ils pas rattachés? La remise des prix Prends Ça Court, dédiés à souligner l’excellence dans le monde bien vivant du court-métrage, est un des événements des Rendez-Vous (vendredi 18 février, 20h, au Bistro SAQ de la Cinémathèque Québécoise). Pourquoi la fête ne culminerait pas avec celle des Jutra, au lieu de s’éparpiller jusqu’au 13 mars prochain?

    Cette impression de division flotte encore dans l’air lorsque l’on examine le calendrier des sorties de films québécois autour des Rendez-Vous. Certes, ces derniers, au milieu des 300 films projetés, parviennent chaque année à dénicher quelques inédits (cette année, outre En terrains connus de Stéphane Lafleur et The Year Dolly Parton was my mom, servant de parenthèses à l’événement, on retrouve La vérité de Marc Bisaillon, Comme des mouches de Renaud Després-Larose, The High Cost of Living de Deborah Chow et Shadowboxing de Jesse Klein, en plus de quelques 14 documentaires et 38 courts). Mais comment expliquer qu’Une vie qui commence, Funkytown, Grace, Milly, Lucy…des fillettes soldates, Angle Mort (25 février) ou French Kiss (11 mars) n'aient pu y trouver leur place? Sur ces deux derniers, la qualité est peut-être en cause. Mais reste qu’annoncer une sortie de film québécois sur les écrans, en plein Rendez-Vous du Cinéma Québécois, ne fait rien pour arranger la schizophrénie ambiante.

 
Bon cinéma et bons Rendez-Vous

Helen Faradji

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