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Films de la semaine

THE YEAR DOLLY PARTON WAS MY MOM - critique de Philippe Gajan

2011-03-03

DOLLY SANS LES PAILLETTES

    Au départ, un projet prometteur à l'identité savoureuse : un titre très chouette, l'idée de flirter avec la légende country Dolly Parton, un road movie à bicyclette dans les prairies, etc. Bref, tout pour faire un bon petit film indépendant (sans condescendance aucune, bien au contraire) en dehors des sentiers battus. Qui plus est, nous voilà en présence d'un film d'initiation de femmes, fait par des femmes. Les Rendez-vous du cinéma québécois ne s'y sont pas trompés : en programmant le premier long métrage de Tara Johns en clôture, c'est cette identité qu'ils revendiquaient en résonance avec la productrice Barbara Shrier qui le proclamait fièrement. Et on avait bien envie à ce moment-là de sauter dans le bateau. 

    Le film commence : palette de couleurs ternes, intérieurs étriqués, histoires de jeunes filles à l'orée de l'adolescence... On comprend rapidement que les longues scènes d'exposition vont nous amener à une rupture, on le sait d'avance, quelque part on l'appelle de nos vœux cette rupture, cette double rupture plutôt qui va voir l'enfant se transformer en jeune fille (le road movie comme quête identitaire) et sa mère presque trop parfaite, figée dans un rituel quotidien, comme apeurée par la vie, se remettre en marche. On oublierait presque à ce moment-là que c'est la découverte par la petite qu'elle est une enfant adoptée qui va servir de déclencheur. On l'oublierait, car on attend le choc de la révélation, ce moment cathartique qui va enfin faire basculer le film vers un peu de folie. Que diantre, nous sommes censés être dans les années 70, il faut que ce moment soit à la hauteur de ce vent de liberté qu'on associe ordinairement à cette période. Las, la porte du garage qui va révéler la nouvelle Elizabeth, celle qui a pris la décision de sa jeune vie et qui part dans son drôle de costume rejoindre sa mère biologique, met un peu trop de temps à s'ouvrir, un peu comme tout le film. Certes, la jeune Julia Stone qui incarne Elizabeth est épatante, incroyable de justesse, un vrai tempérament, certes effectivement les meilleurs moments sont à venir, sur la route, lorsque la petite à bicyclette est cadrée sur fond de ciel blanc infini (ça, c'est la photo de Claudine Sauvé), que quelques étincelles d'humour émaillent ça et là le périple...

    Trop peu. Au final, nous voici avec un film qui, comme trop souvent, a en quelque sorte les défauts de ses qualités, un film si modeste qu'il avance sur la pointe des pieds, un peu trop sage, un peu trop lisse, un film qui n'ose pas ou si peu au bout du compte. Un film à la structure prévisible dont la modestie n'a d'égal que l'effacement, une mise en scène sans éclat et plus particulièrement une partition sonore qui coince, un comble, lorsque la figure tutélaire se nomme Dolly Parton et que le film lui est en quelque sorte dédié, à elle et à toutes les féministes, celles qui ont su être elles-mêmes au-delà des apparences. On les salue également. Dommage que le film ne soit pas à leur hauteur. 

Philippe Gajan

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