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BLED NUMBER ONE - Critique de Juliette Ruer

2007-07-05

Bled Number One

    Petites misères et grand désoeuvrement, éloignement et autarcie, peu de travail et beaucoup d’ennui, la vie d’un bled ressemble à une succession de quotidiens mornes. Beaucoup de traditions, pas d’avenir. Des présents répétitifs rythmés par une survie obligatoire et le chant du muezzin. Les gros villages coincés dans l’Atlas n’ont jamais été aussi bien filmés que dans Bled Number One, présenté dans la section Un certain regard au festival de Cannes 2006 et prix de la jeunesse du même festival.

    Tout est tordu, brinquebalant, les portes ne ferment jamais, les rues sont en caillasses et les gars commencent tôt à jouer aux dominos. Quand on va à la mer, il y a des épaves sur le rivage. Dans cette claustrophobie, les traditions sont suivies (la fête où l’on tue le bœuf et où le partage existe), la famille est sacrée, la femme est le pivot du groupe – entre soumission et autorité – et les hommes réévaluent sans cesse leur cercle d’amis. On veut bien aller de l’avant, mais ça bloque.

    Rabah Ameur-Zaïmeche, acteur principal et réalisateur (Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe?), joue Kamel celui qui revient au Bled après avoir été bouté hors de France. Clown triste, arbitre, spectateur, il est l’outsider, celui qui ne s’intègre plus. Celui qui voit, malheureux, que toutes les fibres du fanatisme et de l’obscurantisme sont en bonne santé dans le sol de son coin de pays.  

    Rabah Ameur-Zaïmeche a ce talent de filmer en impressionniste, faisant lever des images entre une rencontre, une tonalité, une silhouette et un imprévu. Cette façon de faire qui s’éloigne du réalisme colle parfaitement au sujet, au mode de vie ancestral – quasi mythique – des villages reculés. Et puis ça soulage, la poésie : Tout ce qui touche au monde arabe est depuis le début de ce siècle en format télé, informatif, documentaire et réaliste. On martèle un message, on cherche des causes, on veut savoir, on veut comprendre, on interroge. Les visions différentes se comptent sur les doigts de la main, Elie Suleiman pour Intervention Divine, Marjane Satrapi et Persépolis… Il en faut d’autres. 

    C’est pour cela qu’il y a ce choc de la dernière image, entre un son de guitare électrique poussé au max et la beauté lunaire du paysage. Le guitariste et Kamel sont face à ce décor immobile depuis la nuit des temps. Une femme vient à passer derrière eux, avec un cabas sur la tête. Elle passe, insensible. Drôle d’image, évocatrice d’un pays sans cesse à la croisée. C’est à la fois très violent, ultra calme et terriblement vide. Troublant.

Juliette Ruer

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