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HORS-LA-LOI - critique de Juliette Ruer

2011-03-24

UNE GUERRE À FINIR

À la suite d’Indigènes qui lui a apporté le succès populaire, Rachid Bouchareb s’est lancé dans une fresque qui commence à la fin du film précédent. Hors-la-loi débute donc en 1945, lors du massacre de Sétif en Algérie, et se termine en 1962, à la veille de l’Indépendance. On est donc censé être au cœur de la plaie; celle de la guerre d’Algérie, des passions du FLN, du colonialisme malmené, de l’immigration brutale, du racisme qui colore tout, etc. Vaste sujet… Pour le cerner, Bouchareb reprend ses acteurs-amis, son clan : Jamel Debbouze, la star surdouée ; Roschdy Zem, le cool, et Sami Bouajila, le perfectionniste sérieux. Il en fait trois frères, avec trois façons d’envisager la rébellion, le courage et l’implication à la cause. On a donc une saga montée comme il se doit, cousue d’attachement à la mère et à la terre patrie. L’Histoire se dessine à travers les actions des protagonistes et, en sauts de puce, s’enchaînent des raccourcis historiques frustrants. Pour ne pas nous perdre, on encadre les ellipses par des bouts d’archives. 

    Or, 50 ans après, l’histoire de l’Algérie coloniale et de cette guerre à finir reste toujours coincée dans la gorge. Ça n’en finit plus de finir, de déterrer des sales histoires, des actes sordides et des lâchetés de tous côtés. Sans parler des tractations politiques, également vermoulues. On en veut toujours plus, on veut savoir ! Rien que pour éclairer le présent, il faut savoir. Dans cette mouvance, Bouchareb a donc raison de pousser le bouchon et de s’impliquer, mais il surfe sur le malaise. Voilà le travail d’un bon élève. Pas la copie étonnante du glandeur flamboyant, ni celle impeccable du premier de classe, mais le travail du second violon, qui est bon, mais qui a le souffle court. Peut mieux faire ? Pas sûr. Les élans sont là, mais rien ne décolle. Le jeu, les dialogues, la construction d’une scène et même la neige sur les Citroën tractions; tout sonne faux et s’oublie une fois le film achevé. On n’en gardera pas la mémoire. 

    Mais qu’importe, mieux vaut aller voir Hors-la-loi que de rester dans l’ignorance crasse. Car si on oublie vite le bourdonnement (le suspens, la saga, les tensions, les caractères, les sentiments), on apprend toujours quelque chose sur le passé. Par exemple, ce qui n’est qu’une date dans un livre d’Histoire de fin de secondaire – mai 45, massacres et rébellion dans la région de Constantine — prend une force autre en couleurs et sur grand écran. On saisit alors le poids de ces journées terribles, et les conséquences pour la suite des choses.

    Le réalisateur a beaucoup parlé de son admiration pour les Sergio Leone, Kazan, Coppola et Melville ; et c’est avec certaines scènes en tête qu’il a bidouillé ce polar-d’aventure-familial-de guerre-français-à la-sauce-USA. Mais pour la puissance de tir et l’originalité, il faudra repasser : ce film ne dérange rien, ni le cinéma, ni l’Histoire. Il reste un condensé utile pour en savoir plus. Une amorce de plus…  

Juliette Ruer

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