Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

L'ÉTÉ, C'EST FAIT POUR JOUER?

2007-07-05

L’été, c’est fait pour jouer ?

    Un nouveau deuil assombrit la planète cinéma. Drôle d’année 2007 qui aura vu mourir, dans une indifférence médiatique quasi-généralisée, quelques grands noms de notre patrimoine mondial. Dernier en date, Edward Yang, à peine 59 ans. Cinéaste majeur du renouveau du cinéma de Taïwan, signataire avec Hou Hsiao-Hsien et Tsai Ming-Liang du Manifeste de la Nouvelle Vague Taïwanaise, cet admirateur d’Antonioni et Herzog aura marqué l’imaginaire contemporain avec des films comme Taipei Story (dans lequel Hou Hsiao-Hsien tient le rôle principal), A Brighter Summer Day ou, bien sûr, Yi Yi, envolée familiale épique récompensée du prix de la mise en scène du Festival de Cannes en l’an 2000. Yang, qui considéraient ses films "comme des lettres, les plus sincères possibles, envoyées à des amis absents" manquera au cinéma.

    La vie est injuste et une nouvelle preuve de ce fait acquis se révèle en cette première semaine de juillet marquant le « retour » d’un des cinéastes les plus affligeants de l’industrie hollywoodienne (un titre que Tony Scott se bat pourtant vaillamment pour conquérir) : Michael Bay. Une bande-annonce faisant frémir les fans depuis des mois sur internet, des souvenirs d’enfance ramassés à la pelle comme des feuilles mortes, un film-événement pour certains, une régression au budget pharaonique pour d’autres, The Transformers prend l’affiche et épuisera aussi vite que du beurre fond au soleil toutes vélléités de regard critique. À moins que l’envie ne nous prenne, dans un sursaut coquin, d’aller vérifier comment Bay a bien pu mêler son patriotisme de fond de tiroir aux batailles venues de l’espace, nous laisserons les robots-voitures s’entretuer tranquillement dans leur coin.

    C’est d’ailleurs exactement dans le même coin que nous laisserons License to Wed de Ken Kwapis (The Sisterhood of Traveling Pants), comédie-toc sur le futur mariage d’un couple mignon comme tout qu’un pasteur décide tout de même de soumettre à une série de tests. On aimerait sincèrement dire le contraire, mais il est une déception qu’on ne peut passer sous silence : la présence de Robin Williams n’est malheureusement plus un gage de bidonnage garanti depuis belle lurette.

    You Kill Me, nouvel essai de film noir nouvelle mouture de John Dahl, transformant Ben Kingsley en ancien truand alcoolo trouvant un travail dans une morgue, ne fera pas meilleure figure tant les précédentes tentatives de Dahl (Kill Me Again d’un académisme du plus profond ennui, ou The Last Seduction que même la chute de reins de Linda Fiorentino ne parvenait à embraser) nous avaient laissé sur notre faim.

    Dernier, et heureusement crédible, candidat à la place si convoitée de film de la semaine, Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche. Auteur en 2001 d’un Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ? (inédit au Québec) suivant avec une petite caméra DV nerveuse et sensible la réinsertion dans le monde du travail d’un ancien taulard dans une banlieue parisienne que les âmes polies disent difficile, le cinéaste fait revivre le même personnage (qu’il interprète également) l’envoyant cette fois dans son pays d’origine, l’Algérie, après une expulsion du territoire français, dans son second long-métrage, Bled Number One, auréolé du prix de la jeunesse au 59ème Festival de Cannes. En ces temps de misère cinéphile, aucune raison de ne pas s'arrêter.

Bon cinéma

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.