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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

JE VOUS FAIS UNE LETTRE…

2011-03-31

    Il suffit de se balader ne serait-ce que trois minutes sur les interwebs pour que la nouvelle saute aux yeux. C’est l’année Kubrick! Réjouissances, cotillons et bonds de joie. Du moins pour les Européens. Les autres, et en particulier les Montréalais, n’ont qu’à passer leur tour ou vivre virtuellement. Le Kubrick world tour, entamé en 2004, a déjà épaté les spectateurs berlinois, australiens, suisses, italiens et vient de s’offrir une escale parisienne, en grand. Et pas l’ombre d’un début de commencement ici, dans cette métropole dont on n’arrête pourtant pas de nous dire qu’elle est culturelle.

    Mettons-nous l’eau à la bouche. Conçue par le Deutsches Filmmuseum sous l’égide du commissaire Hans-Peter Reichmann et prévue pour le voyage, la fameuse expo Kubrick se veut non seulement une rétrospective de ses œuvres, mais également une passionnante – du moins, on l’imagine — promenade à travers les archives d’un des cinéastes les plus méticuleux, les plus organisés, les plus pointilleux, les plus géniaux que la planète cinéma ait jamais porté. Cette excursion dans l’univers mental de l’extraordinaire, les Parisiens ont pu la débuter le 23 mars dernier, à la Cinémathèque Française qui lui a ouvert ses deux étages. De son début de carrière comme photographe pour le magazine Look aux plans préparatoires à son projet mythique, Napoléon, jamais abouti, du Milk Bar reconstitué aux costumes de Barry Lindon, de la machine à écrire de The Shining au casque Born to Kill de Full Metal Jacket, du fauteuil de toile du géant aux lettres reçues de l’Église pour désapprouver son adaptation de Lolita… tout y est. Un festin pour fans. Un régal pour cinéphiles. Mais aussi une façon de rendre hommage et de remettre de l’avant le travail d’un cinéaste que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Une preuve de plus, en fait, du bonheur qu’il doit y avoir à vivre dans un pays qui prend le cinéma au sérieux. Car, en plus de l’expo, la Cinémathèque accueillera évidemment aussi l’intégrale de ses œuvres ainsi qu’une série de conférences tandis que le Musée du Cinéma lui se payera la traite la traite avec « Autour de Kubrick », un autre événement-hommage. De son côté, le Festival de Cannes, jamais en reste de célébrations, présentera une copie restaurée, toute belle, toute neuve de ce chef d’œuvre, oui, oui, qu’est A Clockwork Orange.

    Bien sûr, ce genre d’événement coûte cher. Impossible de ne pas en être conscient. Déplacer les infrastructures, les accueillir, organiser un raout digne de ce nom… la pression financière doit être énorme et les fonds publics n’y suffiraient certainement pas (un autre débat que celui-là, mais soyons pragmatiques). Mais pour des « mécènes » privés qui sont à même de débourser des millions de dollars pour faire surgir de terre une antre à hot-dogs et à patineurs surpayés, que peuvent bien représenter quelques centaines de milliers de dollars? Allons même plus loin. Si un de ces femmes ou hommes aux poches pleines allaient y puiser ce qu’il manque pour transporter cet événement jusque chez nous, pour faire vibrer ce cœur montréalais qu’on nous promet culturel, nous faisons la promesse solennelle de sonner le tocsin avec force pour rameuter les foules. Durant des mois, s’il le faut, histoire de tordre le cou une bonne foi pour toutes à cette conception débile : ça n’intéressera personne. Faites-nous confiance, à nous public, alliez-vous aux programmateurs de nos musées et autres lieux de cinéma, et laissez-nous vous prouver que nous saurions quoi faire d’une offre culturelle de qualité. Vous pourriez même commencer plus modestement. Tiens, avec cette expo Burton, passée au MOMA de New York et à Toronto. Ou bien avec cette intrigante expo Quentin vs Coen, réunissant près d’une centaine d’artistes et présentée par la Bold Hype Gallery les 7, 8 et 9 avril prochains, en train d’exciter les foules de Manhattan et qui trouverait ici un nid accueillant, on vous le garantit.

    Seule petite consolation pour nous, le web qui s’est aussi mis de la partie pour célébrer Kubrick avec un concours de réalisation organisée par Daily Motion  et sur lequel les aspirants cinéastes sont invités à venir se frotter à l’univers du maître en moins de 5 minutes avec quelques beaux résultats. Mais aussi, et peut-être surtout, avec cette version virtuelle  de l’expo, Stanley Kubrick. Aux croisements d’une œuvre, proposée sur le site de la Cinémathèque et où en cinq tableaux (Duels, Symétries, Masques, Inventions, Méthodes) commentés par Michel Ciment ainsi qu’une partie audio où on peut s’abreuver d’extraits sonores d’interviews du grand homme, on peut tout de même s’en payer une bonne tranche. À noter, Les Inrocks ont également sorti le 21 mars dernier un hors-série consacré à son œuvre, accompagné du DVD de Lolita qui devrait bien arriver par chez nous à un moment donné. Quand on se compare, on se console? Pas au royaume du cinéma. 

Bon cinéma 

Helen Faradji


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Vos réactions (1)

  1. Voici une vidéo sur l’exposition, vous l'avez peut-être déjà vu: http://www.youtube.com/watch?v=XixEF_qOW5w&feature=player_embedded

    par Kim Avelar Marcelino, le 2011-04-02 à 13h19.

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