Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

AND NOW… LET'S HAVE FUN!

2011-04-14

    C'est peut-être le jeu préféré des cinéphiles. Construire pièce par pièce une excitation qui lui tiendra chaud jusqu'à l'hiver ou en tout cas jusqu'à ce qu'un de ses objets élus finisse par venir jusqu'à lui. En général, à ce jeu-là, la sélection cannoise offre souvent les meilleurs des jetons. C'est la crème. Les films que l'on brûle de découvrir, plus que les autres, même si on n'en a pas vu l'ombre de la queue de la moindre image (à ce jeu, les bandes-annonces ne comptent pas, sinon Tree of Life surclasserait, et de loin, tous ses concurrents). Les films qui nous font, pendant quelques heures, accéder au saint-graal : se mettre dans les chaussures de Thierry Frémeaux (ah non, pas celui-là, lui, je l'aurais pas pris, et lui alors, il l'a oublié?) et réaliser que Cannes a depuis longtemps réussi ce tour de force: nourrir les passions de cinéphiles partout autour de la planète, même si ces derniers ne mettront jamais le pied sur la mythique Croisette! Et cette année, avouons que dans la catégorie « je suis plus excité qu'un enfant à une semaine de Noël », nous sommes gâtés.

    Robert de Niro en président de jury, Mélanie Laurent en maîtresse de cérémonie (de grâce, qu'elle ne nous y pousse pas la chansonnette), une palme d'honneur remise à ce vieux renard de Bernard Bertolucci pour inaugurer une nouvelle tradition (chaque année, une palme d'honneur sera remise lors de la cérémonie d'ouverture), un hommage à l'ami Bébel qui viendra, on est en sûr, avec son fidèle Yorkshire, Kusturica à la présidence d'Un certain Regard, Bong Joon-Ho pour décider de la Caméra d'or, Gondry au court-métrage et Midnight in Paris, et sa carte postale kitsch sur la capitale française signée Woody Allen, en ouverture. Voilà pour ceux qui ne sont déjà plus des surprises.

    Évidemment, Malick n'en était pas une non plus. Car, entre nous, si l'homme qui redéfinit le perfectionnisme n'en avait pas été, certains se seraient tapés une dépression nerveuse carabinée. Même chose pour le Melancholia de Von Trier, le Gamin au vélo des Dardenne ou le We need to talk about Kevin de Lynn Ramsay qui sont, comme prévu, de la compétition. Toujours au rayon « ils ont la carte, tant mieux pour nous » : Nuri Bilge Ceylan et son Once Upon a Time in Anatolia, Naomi Kawase et Hanezu No Tsuki, Paolo Sorrentino avec This Must be the place, Aki Kaurismaki dont on espérait le retour avec impatience et son Le Havre, Nanni Moretti avec le très attendu We have a Pope et ce cher Pedro, finalement, après des mois de « oui, non, peut-être » avec The Skin That I Inhabit, en seront donc. Mais comme toujours, ce sont les surprises qui nous défrisent le plus. Comme ces présences en compétition de Bertrand Bonello (L'Apollonide), de Takashi Miike (Harakiri), d'Alain Cavalier (Parterre), de Jospeh Cedar (Foonote, ours d'or en 2007 pour Beaufort), de l'écrivaine australienne Julia Leigh qui présentera son tout premier, et érotisant, Sleeping Beauty, de Maïween et son Polisse (une très très bonne surprise, ça), de l'acteur autrichien Markus Schleinzer avec son tout premier Michael et du danois Nicolas Winding Refn avec Drive. Seule étrangeté, la présence du plus consensuel Radu Mihaileanu (Va, vis et deviens) avec La source des femmes que, du coup, on attend avec un peu plus de méfiance que les autres.

    2 premiers films, 4 femmes et 1 seul américain (d'accord, mais lequel !). En bon, comme en mauvais français, on appelle ça une sélection qui a de la gueule. Crâneuse, audacieuse, ne cédant pas à l'appel du populisme ou des paillettes (hors compétition, les badauds se consoleront avec Pirates of the Caribbean 4 ou The Beaver de Jodie Foster). Chapeau !


    Plus surprenant, c'est du côté d'Un certain regard, qu'on retrouvera deux noms habituellement habitués à la compétition : Gus Van Sant  qui en fera l'ouverture avec Restless et Bruno Dumont avec Hors Satan. Quelques dents ont du grincer. Quoi que… ils s'y retrouveront tout de même en fort belle compagnie, aux côtés des Andreas Dresen, Hong Sang-soo, Eric Khoo ou Kim ki-duk de ce monde. Le spectacle annoncé, avec la première prestation de Johnny Rotten (oui, oui), dans Sons of Norway de Jens Lien, ne sera pas par contre, comme annoncé, de la partie. Il faudra attendre les ajouts de dernière minute ou la sélection de la Quinzaine pour savoir si la Croisette hurlera Never mind the bollocks ou non. Parlant quinzaine (dont on saura tout le 19), La nuit, elles dansent d'Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault, sur la danse orientale en Egypte, y sera notre fier représentant national...

    Tous ces rêves, ces envies, ces désirs qui viennent de naître – et quels beaux désirs de cinéma - seront peut-être, probablement, assouvis lors d'un passage en Festival par chez nous. Ou bien, bien sûr, dans ces nouvelles salles ex-Ex-Centris, nouveau Parallèle que l'on espérait tant et qui semblent bien être redevenues réalité. On s'en réjouit, évidemment, même si l'on ne peut empêcher un « tout ça pour ça » de flotter dans notre esprit…

Bon cinéma

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. Mention plus qu'honorable à cette magnifique affiche...

    par Rez Parti, le 2011-04-14 à 08h36.

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