Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ENCORE DES MOTS, RIEN QUE DES MOTS…

2011-04-21

    On parle sous, gros sous. Emploi aussi, grâce à cette désormais légendaire Mme Paillé. Et puis santé, écologie (un peu), éducation, aviation, criminalité et tout ce qui fait le quotidien du plusse meilleur pays au monde. Et quid de la culture? Ça n’étonnera personne, mais elle est loin d’être un enjeu prioritaire de cette campagne électorale qui passionne surtout ceux qui la font. Pourtant, dans les programmes des quatre principaux partis, elle est là. Timidement, mais là. Il suffit d’aller télécharger les divers programmes pour se rendre compte, par contre, que le milieu culturel canadien est bien loin d’être sorti du bois. D’abord, pour une simple question de chiffres. Pour le parti conservateur, par exemple, ladite culture serait génératrice de 46 milliards de dollars de revenus annuels et concernerait 630 000 travailleurs. Pour les libéraux, il s’agit plutôt de 80 milliards de dollars pour 1.1 million d’emplois. Cherchez l’erreur…

    Cette question d’importance posée, reste les promesses. Ces bonnes vieilles promesses dont l’on sait pertinemment qu’à peine le quart de la moitié, si l’on est chanceux, sera réalisé, mais qu’on se plait tout de même à écouter, parce qu’avouons-le, il y a là un peu de miel pour nos oreilles. Ne rêvons tout de même pas, aucun des quatre partis ne peut se vanter de faire de la culture un enjeu prioritaire. La cinquième roue du carrosse, on est habitués… Et il faut au moins rendre aux Conservateurs ce qui leur appartient : le parti de ce cher Stephen ne nous ment pas sur ce point et n’essaie même pas de faire semblant. Aucune promesse, aucune vision à long terme, aucun engagement, mais un simple rappel de ce que le gouvernement a déjà fait (création de deux musées, du fonds des médias -!-, une augmentation de 20 % du budget du conseil des arts du Canada ou des investissements dans les infrastructures culturelles comme le Quartier des spectacles). Emballé, c’est pesé, on a déjà bossé, plus besoin de venir nous agacer avec ça, semble-t-on nous dire. Seules concessions faites à la loi des serments la main sur le cœur et l’œil humide qui sévit en temps d’élection : la mise en place d’un système d’examen national dans le cadre du soutien au conservatoire royal de musique et un soutien continu au Fonds du Canada pour périodiques. Et débrouillez-vous avec ça.

   Un tant soit peu plus costaud, ce qui n’est pas très dur, convenons-en, mais toujours aussi peu garni, le programme culturel du parti libéral concentre lui, ses efforts sur l’univers de la culture numérique, avec notamment une proposition de paiement compensatoire pour les droits d’auteur numériques (plutôt que de taxer directement le « consommateur », donc). Pour le reste, on nous chante la pomme avec un financement stable et prévisible de Radio-Canada, un budget du CAC doublé sur quatre ans et le rétablissement des programmes PromArt et Routes commerciales soutenant l’exportation de nos petits génies culturels (tant que Bertrand Cantat n’y est pas).

    C’est finalement entre le Parti Néo-Démocrate et le Bloc que se joue la vraie compétition culturelle, chacun des 2 partis affichant, il faut bien le dire, un buffet chinois de promesses en tout genre. Garantir que les stations de télé restent propriété canadienne, recadrer le mandat du CRTC, financement durable du Fonds des Médias et de Téléfilm, meilleure promotion du cinéma canadien, obligation de l’obtention d’un permis de diffusion, augmentation du budget du CAC, étalement fiscal pour les artistes, incitatifs fiscaux pour la restauration et la protection des édifices historiques, financement stable de Radio-Canada, soutien à la culture numérique et garantie d’un accès à du contenu canadien… Voilà, en gros, pour les Oranges qui prouvent, au moins, qu’ils ont lu attentivement les journaux au cours de la dernière année, chaque engagement semblant répondre à un mini-fait de société. Quant au Bloc, la tartine est encore plus longue et met évidemment l’accent sur la promotion et la protection de la culture québécoise. Oui monsieur, yes madame. Soustraire le Québec du multiculturalisme avec le projet de loi C-505, transfert au Québec de tout le pouvoir concernant les télécommunications et la radiodiffusion, promotion du patrimoine architectural, religieux et historique, étalement sur 5 ans du revenu des artistes, nouvelle loi sur le droit d’auteur, exemption d’impôts sur les droits d’auteur et de prêt public, abolition de la TPS sur les livres, nouvelle politique musicale, etc. Et pour le cinéma, demanderez-vous, incrédules? Là le bloc frappe aussi un grand coup en écrivant noir sur blanc vouloir déposer un projet de loi reconnaissant l’existence d’un cinéma national québécois (y’a-t-il vraiment besoin d’une loi pour ça? Franchement?), mais aussi doter le fonds du long-métrage de 50 millions, dont 20 réservés au cinéma québécois, créer un fonds du film documentaire de 10 millions, un autre pour le film documentaire long-métrage et I-Max et un crédit d’impôt pour œuvres tournées et produites hors de la région métropolitaine. Le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, donc.

    Entre ceux qui rêvent tout haut et ceux qui ne prennent même plus la peine de s’enflammer, entre le trop et le rien, n’y aurait-il pas un juste milieu? Une façon de faire en sorte que la culture fasse partie du débat sans nous promettre tout et n'importe quoi, mais en tablant sur des idées claires, nettes et sans affabulations? Un moyen simple de prendre la culture au sérieux? On votera pour le premier capable de répondre à cette question sans trop se moquer de nous.

**

    Et puisque le numérique semble être à l’honneur de certaines promesses, nous en faisons une réalité. Votre lecture attentive de 24images.com vous aura certainement fait remarquer le changement de nom de la rubrique DVD désormais appelé Écrans. Puisque la notion d’oeuvre “à la maison” se vit aujourd’hui aussi bien en DVD, qu’à la télévision et sur internet, nous avons decidé de tenir compte de ces “nouvelles” images et de vous en parler avec la même passion que celle qui nous anime depuis le début. De nouvelles images, celles de series télé, de web-séries, ou de films sur le net, une nouvelle écriture, une nouvelle rubrique… on vous gâte. Ne nous remerciez pas, c’est tout naturel.

Bon cinéma 

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.