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Plateau-télé

LA RÉVOLUTION TRANQUILLE EN MARCHE  - par Robert Lévesque

2011-04-28

- Pierre Patry est-il mort ?
- Pierre qui ?
- Pierre Patry.
- Pourquoi devrais-je connaître ce monsieur ?
- Parce qu'il y a quarante-sept ans, cet individu tourna un film, Trouble-fête, qui fit un certain bruit dans la province alors en pleine "Révolution tranquille"…
- Trouble-fête, un Festen d'antan ?
- Oh, que non ! C'était un film qui sentait son collège catholique et qui était assez insignifiant, de facture bancale, sans qu'un seul talent ne perce l'écran. Il était cependant soutenu par une banderole publicitaire qui voulait faire effet et sur laquelle le producteur (Patry lui-même) avait fait inscrire : « la Révolution tranquille est en marche ». Rien de moins ! 

- Du cinéma engagé, vous voulez dire ?
- Si je vous disais que le scénario était signé (et il n'est certes pas oublié celui-là, hélas !) par le nasillard Guy Fournier…
- Guy Fournier ? L'Indien de la défunte TQS du temps de Michèle Richard ? Celui qui fut écarté du conseil d'administration de Radio-Canada pour avoir évoqué en ondes le plaisir qu'il retirait de l'expulsion biquotidienne de ses matières fécales ?
- Tout à fait !  

- Si Pierre Patry n'est pas mort, il a 79 ans. C'est à 31 ans qu'il le tourna son Trouble-fête, et puis ensuite il sombra sévèrement avec l'adaptation d'un roman inédit de Réal Giguère, oui un roman de Réal Giguère (demeuré inédit). Il y avait du gros Mauriac frustré qui se cachait en lui, le « monsieur canal 10 » dit « gros jambon » pour ceux qui s'en souviennent… Son roman était ambitieux, et surtout intellectuel, ou existentiel en retard, c'était finalement une histoire de meurtre dans le Vieux-Montréal qui avait pour titre Caïn
- Intellectuel, existentiel, vous dites ?
- Ouais…, la caméra tournoyait sous la pluie, le gros Giguère (était-il Caïn ou Abel ?) s'essoufflait en courant en pardessus reluisant la rue Saint-Paul, la rue de la Commune…  

- Réal Giguère, lui, comme ce Pierre Patry, est disparu de la carte. Il a un jour, par amour-propre (n'y touchez pas, il est fêlé), claqué la porte de Télé-Métropole et (manque de pot) il aura raté sa rédemption professionnelle, sa transformation en comédien, en interprétant au Théâtre Saint-Denis l'Albin, dit Zaza, de La cage aux folles… J'y étais, pensez donc, gros jambon en folle, mais mon seul souvenir accroché est celui du filiforme Normand Brathwaite très nain de jardin et presque nu descendant un escalier
- Vous en avez des souvenirs !
- À mon âge…, si je vous disais que j'ai vu en direct à la télévision le couronnement de la reine Elizabeth II… Il y avait un gros téléviseur Philco, haut sur pattes, installé au milieu de la vitrine de la pharmacie Moreau rue de la Cathédrale à Rimouski… C'était le 6 février 1952, il neigeait et dans l'image en noir et blanc et sur ma ville, et on se les gelait…
- Une vitrine de pharmacie… ?  

- Nous sommes bien loin de ce monsieur Pierre Patry qui est peut-être mort et de son Trouble-fête de 1964… Revenons-y un brin. Vous savez quels étaient les comédiens qui jouaient dans ce If d'ici ?
- Un If, vraiment ?
- Je blague…, et ainsi, pour les connaisseurs, j'offense Tony Richardson… Yves Létourneau y tenait l'un des principaux rôles, et puis il y avait le Roland Chenail d'avant Rue des pignons, et Yvon Deschamps qui courait le cachet entre deux faillites de restaurateur…, et Jean Duceppe qui courait le jupon entre deux descentes de whisky… Ils jouaient tous faux, bien entendu, car dans ce cinéma-là, celui de « la Révolution tranquille en marche », on tournait en rond, sans recul ni perspective, sans référence ni passion. C'était nul, à chier, vous n'avez pas idée !
- Alors pourquoi vous attirez mon attention sur ce cinéaste sans doute mort et son film pratiquement oublié ?
- Parce que vous pourrez le voir ce lundi 2 mai sur Télé Québec à 21 heures…
- Le 2 mai au soir, mais ce sont les résultats des fédérales qui tomberont…
- « Tombe la neige…, tu ne voteras pas ce soir »… Et vive Adamo, et je vous rappelle que Télé Québec est la télévision éducative des enfants de la Révolution tranquille…                                                                                                                                    

Robert Lévesque

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Vos réactions (3)

  1. Féliciations pour ce billet Monsieur Lévesque! Quelle verve! Et quel humour implacable! En revanche, je vous rappelle que dans Trouble-fête, comme c'est le cas de nombreux films issus de cette période, la musique originale du film valait tout à fait le détour, et attention, on parle du grand art qui réunissait Claude Léveillée et André Gagnon (et ce n'est pas de l'ironie Monsieur Lévesque). Réécoutez bien cette musique et vous constaterez qu'avec de tels partitions, nous n'avions absolument rien à envier aux vedettes internationales de jazz des années 1950 et 1960. Bien à vous, Alan Hodkin

    par Alan Hodkin, le 2011-04-28 à 11h34.
  2. Bonjour, Radio-Canada, seul diffuseur de télé, est entré en ondes le 6 septembre 1952. À quel poste Robert a-t-il pu voir le couronnement de la reine en février? Robert, je te trouve bien méchant envers Patry. Il n'est pas mort, en bonne santé et il peut raconter plein de choses intéressantes sur l'histoire du cinéma au Québec. Pour Trouble-fête, tu fais une erreur : c'est Jean-Claude Lord qui est le principal scénariste, aidé de Patry. Guy Fournier n'est qu'un des collaborateurs aux dialogues. Voir à pages.videotron.com Trouble-fête n'a pas le mordant de son contemporain Chat dans le sac, mais il présente quand même beaucoup d'intérêt. C'est pas aussi nul que ce qu'en dit Robert. Il faut le voir. Je connais le style de Robert depuis très longtemps (je suis même plus vieux que lui...). En général j'aime bien. Mais des fois il tombe dans une méchanceté gratuite, par narcisisme d'effet de style ou par un certain sadisme qui relève peut-être de l'autocomplaisance (quand on pique pour se faire des ennemis...). Pourquoi ce paragraphe sur Réal Giguère, qui n'a rien à voir avec Trouble-fête? As-tu seulement vu Caïn récemment ? Oublies-tu que sans Patry, il n'y aurait pas eu Cooperatio ? Et sans Cooperatio, des films aussi pertinents qu'Entre la mer et l'eau douce et Poussière sur la ville ? Yves Lever

    par Yves Lever, le 2011-04-28 à 11h46.
  3. Je n'ajouterai rien à votre texte (très drôle par ailleurs), mais j'aimerais seulement mentionner un détail: If n'est pas de Tony Richardson (lui, c'est Tom Jones, si je ne m'abuse) mais bien de Lindsay Anderson. Voilà. Et merci pour m'avoir mis sur la piste de cette "révolution tranquille en marche" que je ne connaissais pas. J'ai bien hâte de le visionner entre À tout prendre et le Chat dans le sac...

    par Pierre Lachaine, le 2011-04-29 à 12h21.

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