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Films de la semaine

IN A BETTER WORLD - critique d'Éric Fourlanty

2011-04-28

LE MONDE DE SUSANNE

    Pas surprenant que le dernier film de Susanne Bier ait gagné l'Oscar du meilleur film étranger. En effet, In A Better World est un produit bien ficelé, un mélodrame qui finit bien, le genre de film consensuel dont les tribunes médiatiques raffolent pour en faire des débats qui tournent en rond. La traduction littérale du titre danois est Vengeance. On est bien loin du Monde meilleur choisi par les spécialistes du marketing made in USA. Le titre original a, au moins, le mérite d'annoncer franchement les couleurs de ces deux histoires cousues de fil blanc et destinées à faire pleurer et réfléchir dans les chaumières. Les deux histoires parallèles, l'une en Afrique, l'autre au Danemark, sont – Ô surprise – directement reliées et constituent les deux facettes de la même problématique. Nous sommes dans un film qui aborde des problématiques…

    En Afrique, un médecin scandinave travaille dans un camp de réfugiés : enfants souriants et en haillons, mères dignes dans la souffrance et mercenaires sanguinaires. Problématique de l'aide humanitaire internationale.

    Au Danemark, un jeune garçon qui vient de perdre sa mère, morte d'un cancer, haït son père. Pour faire sa place dans sa nouvelle école, il roue de coups un bum qui terrorise le fils du médecin.  Les deux garçons deviennent amis. Problématique de l'intimidation à l'école.

    Revenu d'Afrique, le médecin est, sous les yeux de son fils et de son copain orphelin, confronté à une brute qui le gifle et l'insulte, sans qu'il ne riposte. Le médecin explique aux enfants que s'il avait frappé son agresseur, il serait devenu une brute lui aussi. Problématique du cycle de la violence.

    Indigné, l'orphelin décide de venger le père de son copain en faisant exploser l'auto de la brute. Le fils du médecin n'est pas d'accord. Problématique de la vengeance.

    De retour en Afrique, le médecin doit décider s'il soigne ou non le tortionnaire local qui éventre les femmes enceintes de la région. Problématique de l'éthique médicale.

    Comme si ce n'était pas suffisant, le médecin et sa femme sont en mode séparation et le père de l'orphelin ne parvient pas à parler avec son fils. Problématiques familiales.

    La cerise sur le sundae? Assez tôt dans le film, on voit les deux garçons sur le toit d'un silo, littéralement au bord du précipice. Problématique du suicide chez les jeunes, peut-être?

    Le procédé n'est pas tout à fait honnête, mais imaginons un instant ce que Pedro Almodovar ou Michael Haneke auraient fait d'une histoire pareille. Le premier aurait signé un mélodrame bien saignant et le second, une fable exsangue sur le Bien et le Mal – tous deux moralistes, chacun à leur façon. Susanne Bier, elle, fait la morale et souligne au crayon gras ce que le spectateur doit ressentir et penser. De l'écriture au montage, en passant par la lumière et l'interprétation, il n'y a rien à (re)dire sur la fabrication de l'objet. Tout est fait selon les normes. C'est le discours sous-jacent de ce film bien sous tous rapports et bourré de bonnes intentions qui choque. Il y a quelque chose d'obscène à mettre en parallèle les conditions de vie des réfugiés de ce pays africain – d'ailleurs, jamais nommé – et le mal-être d'une société scandinave qui ressemble étrangement à celle où nous vivons. La dépersonnalisation des rapports humains, l'éclatement des familles, la pauvreté occidentale et la violence qui en découle sont des problèmes réels. Il n'est pas question de juger si la douleur d'un orphelin danois est plus grande que celle d'une orpheline africaine, mais à les présenter comme les deux facettes d'un même mal, c'est rabaisser la condition humaine à ce qu'elle a plus trivial.

    Dans In A Better World, tout le monde est pour la vertu et le Bien l'emporte sur le Mal. Soit, mais pas pour tous. En effet, dans ce « monde meilleur », l'orphelin danois fera la paix avec son deuil et son père, le médecin et sa femme se réconcilieront et le fils du bon docteur ne sera plus victime en sauvant des vies au péril de la sienne. Pendant ce temps, les Africains continuent de mourir sous le soleil de Satan et ils succombent au Mal en massacrant à mains nues celui qui les a terrorisés. Une bien belle morale!  

Éric Fourlanty  

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