Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

VOD : LE GRAND MÉCHANT LOUP ?

2011-04-28

    C’était la nouvelle de la semaine. Du moins tel qu’annoncée ici . On imagine que, dans certains cercles privilégiés, les hourras ont dû fuser. Ça y est, YouTube, après des mois d’hésitations et autres agaceries, a enfin dit oui. Le site où tout, mais absolument tout, se voit va lancer son service de film à la demande. Le principe est simple : les films seront disponibles en streaming, en même temps que leur sortie en DVD, et chaque spectateur payera au cas par cas. Plus bête que ça, tu meurs. Plus rentable aussi, pour les studios au bord de la crise de nerfs, il faut bien le dire, depuis que les chères têtes blondes délaissent les salles pour d’autres plaisirs plus coupables. Car maintenant, en plus d’iTunes qui déjà surfait sur cette vague du « regarde-le-donc-chez-toi-pour-moins-cher-tu-seras-bien-plus-tranquille-ton-popcorn-coûtera-moins-cher-et-tu-n’auras-pas-à-attendre-des-semaines-comme-chez-ces-losers-de-Netflix-qui-en-plus-te-font-payer-au-mois » depuis janvier 2008 et qui se voit maintenant donc sérieusement concurrencée, Hollywood double ses sources de revenus virtuels (on estime à 130 millions le nombre d’utilisateurs mensuels de YouTube, autant de gogos potentiels). Excepté Paramount et Fox qui boudent dans leur coin, Sony, Warner, Universal, Lionsgate, Kino Lorber et quelques autres indépendants se sont mis sur les rangs de ce nouveau service. Tant mieux pour eux. 

    Et pour nous ? Jusqu’ici, rien de bien neuf. Au début de l’arrivée de films sur les internets, les plus optimistes criaient au bonheur le plus complet. Enfin, tous les films allaient être à un simple clic. Disponibles, les images les plus rares, les plus recherchées, les plus cultes. Juste à se pencher sur son fauteuil ergonomique pour les ramasser. Et partout, à travers la planète en plus. Toute l’histoire du cinéma, des obscurs nanars aux plus grands chefs d’œuvre, tout, tout, tout allait être là, et pour tout le monde. La félicité, on vous dit. Dans les faits, accrochez-vous à vos gigabits pour trouver autre chose – légalement s’entend, et même là – que la 32e suite apportée à X-Men ou la 76e version de la même comédie romantique avec Jennifer Aniston. La vidéo à la demande, qui promettait monts et merveilles aux cinéphiles, ne s’est au final révélée qu’un outil de plus pour assurer l’hégémonie d’un certain cinéma américain sur nos imaginaires. La fête du cinéma perpétuelle, internet ? Non, la fête à Hollywood, et c’est tout.

    Car toutes ces avancées technologiques, toutes ces facilités apportées au consommateur ne concernent pas le cinéma au sens le plus noble du terme. Un exemple tout bête : excepté Elephant qui s’emploie, petit à petit – et il faut être patient – à numériser et rendre disponible une partie de notre cinéma québécois, l’association entre Tou.tv et Prends ça court, rendant plusieurs courts-métrages de chez nous accessibles sur la toile, ou la tentative faite par FunFilm de programmer la sortie de Deux fois une femme de François Delisle simultanément sur nos écrans et sur nos ordinateurs, la place du cinéma québécois sur internet reste bien rachitique. Allons même plus loin. Sur internet, où se cachent donc ces films qui justement n’arrivent plus à vivre leur vie en salles et auraient bien besoin d’un coup de pouce virtuel ? Comment voir ces œuvres rares, uniques, ce cinéma d’auteur qui ne trouvent plus refuge, quand il est chanceux, qu’une toute petite semaine sur un écran montréalais (ailleurs, oubliez ça)? Pas sur YouTube ou iTunes en tout cas, qui ne semblent avoir rien à cirer d’offrir un cinéma différent, étranger, plus « difficile ». Et même Netflix qui promettait une offre « étrangère » plus agréable reste bêtement dans des sentiers battus en proposant une sélection rachitique et sans réel intérêt.  

    Alors, savoir qu’en plus de ces sorties simultanées DVD / YouTube ou I-Tunes, les studios hollywoodiens planifient aussi de réduire le temps d’attente entre une sortie salle et une sortie « maison », constater que Sony, Fox, Universal et Warner ont lancé le plan d’attaque en offrant sur DirecTV le film Just Go With It (une anistonerie, comme on le disait) à peine quelques semaines après sa sortie en salles, une initiative que les propriétaires de ces dernières voient d’un fort mauvais oeil, ou encore lire cette lettre ouverte signée James Cameron, Michael Bay, Kathryn Bigelow, Guillermo del Toro, Roland Emmerich, Peter Jackson, Michael Mann, Robert Rodriguez, Gore Verbinski, Robert Zemeckis et leurs amis, qui soutient les propriétaires de salles (on peut d’ailleurs trouver la lettre sur le blog de la National Association of Theatre Owners) nous fait franchement une belle jambe.

    Parce que le vrai combat à mener n’est pas celui qui permettra aux films mastodontes écraser les écrans, quels qu’ils soient, encore plus longtemps, plus vite, plus fort jusqu’à ce que mort s’ensuive, mais bien celui qui permettra de trouver une réponse à cette question vaguement angoissante : quand est-ce que le crime pourra aussi profiter aux films qui, eux, ont sérieusement besoin d’aide, même et surtout virtuelle, pour continuer à exister? 

Bon cinéma 

Helen Faradji

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