Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

RÉJOUISSANCES CANNOISES

2011-05-12

     Ça y est. Le plus grand Festival de cinéma du monde a ouvert ses portes. L’Allenerie de l’année, cru pétillant, a séduit les foules en ouverture tandis que la grosse machine, elle, a apparemment déçu (les méchants du Guardian n'ont pas respecté l'embargo), mais qui s’en soucie ? Cannes a aussi cela de particulier qu’il a toujours accueilli ces films-prétextes à attirer de la vedette du jour, la cuisse ou le poitrail en avant, toute prête à affoler les flashes. Pour le cinéma, le « vrai », on attendra encore un peu, histoire que se dévoilent dans leur splendeur présumée les images de cette édition 2011. 

    Mais comme toujours, Cannes, c’est aussi un contingent de journalistes, cinéphiles, amateurs laissés sur le carreau. Ceux qui secouent la tête, tristement et vaguement furieux, lorsque surgit l’infernale question : « tu ne vas pas à Cannes, toi? ». Ben non. Et ben oui, on est jaloux de ceux qui en seront (surtout cette année, si alléchante sur le papier !). Avec la plèbe, on attendra pour découvrir les films, pour se laisser enchanter. Bien sûr, on ne vivra pas en direct l’excitation, la liesse, les coups de gueule (50/50 pour le Lars Von Trier  ou le Foster-Gibson. À moins qu’Unlawful Killing, documentaire de Keith Allen sur le décès de Diana, ne vienne secouer les diadèmes). On ne touchera pas, même de loin, les étoiles. Mais à vivre ça de loin, virtuellement, par exemple à travers le vidéoblogue quotidien que Michel Gondry a promis de tenir et qu’on a bien envie de suivre, ou celui d’Olivier Assayas, on pourra tout de même s’amuser.

    Car les bonnes nouvelles et autres réjouissances cannoises ont ceci de bien qu’elles sont aussi accessibles au commun des mortels, oui, même à ceux que la félicité aura oubliés, encore cette année. D’abord avec cette annonce tardive, mais précieuse de l’ajout en sélection officielle de Ceci n’est pas un film, réalisé dans la semi-clandestinité par Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahsmab (projection prévue le 20 mai) et de Au revoir de Mohammad Rasoulof à Un Certain Regard. Et pourquoi faudrait-il s’en réjouir, nous qui ne les verrons probablement pas ? Tout simplement parce que cette annonce prouve que la planète cinéma n’a pas oublié le sort indigne réservé aux siens. Que l’indignation, plus que justifiée, qui s’était soulevée au moment de l’annonce de leur emprisonnement inique n’était pas qu’un effet de mode.  Qu’un combat, ça se gagne aussi sur la longueur, avec patience et détermination.

    Sur un terrain moins politique, peut-être, mais également important, on s’enthousiasme encore à l’idée que la version couleur du Voyage dans la lune de Georges Méliès (1902), toute pomponnée pour les besoins de la cause par les meilleurs restaurateurs de la planète et accompagnée pour l’occasion par une musique composée par Air (on est chics ou on ne l’est pas), a elle aussi trouvé le chemin du Saint-Graal. Présentée hier soir en ouverture, cette version avait été laissée pour morte vu l’état désastreux de la pellicule sur laquelle elle était imprimée. Mais magie du cinéma (et quelques litres de sueur plus loin, on l’imagine aisément) oblige, elle devrait maintenant réapparaître sur nos écrans pour nous entraîner, à nouveau et en couleurs, dans l’un des voyages les plus mythiques de l’histoire du cinéma. Juste une idée en passant… On se souviendra que, l’été dernier, le festival Fantasia avait chouchouté le patrimoine en présentant en plein air et en musique cette sublime version restaurée et allongée de Metropolis. Pour leur édition 2011, le premier film de science-fiction jamais réalisé, voilà qui pourrait aussi avoir du panache…

    Tiens, parlant d’Histoire, petite mention au site du Festival de Cannes qui présente, en plus des traditionnels infos, extraits, documents et autres surprises, deux sections qui consoleront les absents. Hors champ, d’abord, où sont réunis toutes sortes de photos, vidéos, dessins (comme celui de Marjane Satrapi), clins d’œil permettant de vivre le festival autrement, et Le mur  où se déclinent, sous la plume vivante et acérée de différents spécialistes, l’histoire de plusieurs cinématographies nationales (le panorama mondial devrait être complété au cours des prochains mois). De quoi se sustenter quelques heures, donc.

    Mais le coffre aux trésors n’est pas vide, loin de là. Car la Semaine de la critique, petite sœur taquine où s’ébrouent des premiers et seconds films sous l’œil attendri d’un public captif et enthousiaste, magnifique incubateur à futurs grands, a elle aussi décidé de se payer la traite. On la comprend, elle a cinquante ans. L’âge où tout est permis. En guise de bougies à souffler, ce sont pas moins de 50 entrevues vidéos qui viennent d’apparaître sur son site. 50 fois le bonheur donc, puisque chaque réalisateur ou acteur invité y revient sur son rapport à la Semaine, sur ce moment que l’on imagine unique et transcendant, où leur film chéri y a été présenté. Tiens, Ken Loach à propos de son touchant Kes, dont on vous parlait il y a quelques semaines.  Jacques Audiard, sur son déjà prometteur Regarde les hommes tomber. Fabrice du Welz et son Calvaire, James Franco et The Clerk’s Tale, Anna Karina et Vivre ensemble, Paul Morrissey et Trash, Skolimowski et Walkover, John Sayles et Lianna… la liste est longue. Mais surtout belle. Et a bien de quoi consoler.

Bon cinéma et bon festival  

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.