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24 IMAGES À CANNES - JOUR 1 - par Philippe Gajan

2011-05-12

    Deux gestes emblématiques pour débuter. Le journal Libération titrait ce matin (de façon un tantinet mélodramatique, certes) «Le dernier Festival de Cannes ?» et ce « dernier » Cannes ouvrait avec Midnight in Paris, un film de Woody Allen avec Owen Wilson, un casting « all-star », y compris de stars françaises, Paris oblige, mais aussi celles de l’histoire de l’art comme Hemingway, Fitzgerald, Picasso, Dali, Gertrude Stein (un véritable bottin on vous dit!)… pour un film absolument, mais vraiment absolument  inoffensif. Comme si de rien n’était aurait-on envie de dire. Voilà, le décor est planté. Alors, dernier Cannes ou « The Show must go on » (version showbiz  de Business as usual) ? Comme toujours, un fragment de réponse dans dix jours.

    Mais commençons par le commencement : dernier Cannes pour cause de perte d’influence (de pertinence ?) du cinéma, pour cause de nouvelles technologies, de nouveaux écrans (dits plateformes, à moins qu’on parle de 3D), bref pour cause de mutations génétiques du 7e art industrie… Et pourtant un Cannes qui s’accroche au réel en programmant de façon cohérente les derniers films quasi-clandestins des iraniens Panahi (rappelons-nous le fauteuil vide de l’année dernière alors que le cinéaste n’avait pu se rendre à Cannes pour officier comme juré) ou Mirtahsmab en résidence surveillée, un Cannes en phase avec un cinéma d’auteur franchement affirmé sinon revendiqué (Dumont, Ceylan, Moretti, Bonello, Kawase, Cavalier), en phase également avec lui-même puisque les habitués, auteurs stars s’il en est sont là (Almodovar, Kaurismaki, von Trier). Un Cannes qui lorgne toujours vers Hollywood pour augmenter probablement sa côte glamour (sinon, on ne voit pas, car ces chers Pirates des Caraïbes, c’est un peu comme Robin des bois en ouverture l’an dernier, espérons que ça fonctionnera un peu mieux… En tout cas, je n’irais pas le voir à Cannes, trop de choses à découvrir !).

    Et entre le sublime et le trivial, Woody Allen… qui fait du Woody Allen, encore et encore, comme s’il ne s’était pas rendu compte que le monde changeait, que le cinéma mutait et que lui restait le même, que ses films étaient toujours les mêmes, et que sa seule concession finalement au temps qui passait était son casting. À commencé par lui-même aujourd’hui remplacé par Owen Wilson en alter ego (c’est fou comment il imite bien ce bon vieux Woody!), par ses égéries, hier Diane Keaton ou Mia Farrow, un temps Scarlett et aujourd’hui Marion Cotillard à moins que ce ne soit Rachel McAdams ou encore Léa Seydoux…

    Un peu à côté de la track finalement Woody, un peu au-dessus des vicissitudes de ses contemporains… Et pourtant, c’est exactement là le sujet de son film, l’histoire d’un homme, un écrivain aigri, qui fuit sa réalité pour se retrouver l’espace de quelques escapades nocturnes, dans « son » âge d’or, le Paris des années 20, celui des écrivains américains du Gai Paris, des surréalistes, une histoire de nostalgie finalement. La morale de l’histoire est cousue de fil blanc… Sublime? Non, certainement pas. Sympathique parfois, bien joué sûrement, mais trivial souvent comme dans cette intro type carte postale, qui aligne les plans touristiques de Paris. Un film facile, trop facile et très Woody Allen. On reconnaît évidemment certains des motifs chers à l’auteur. Mais dans La rose pourpre du Caire, Mia Farrow se réfugiait derrière l’écran pour fuir la grande Dépression. Là, Woody le francophile et l’amateur de jazz semble simplement s’être payé un trip personnel…

    On sait que l’ouverture d’un festival n’est pas encore le festival lui-même, à peine une antichambre… Et dès demain, Lynne Ramsay et Gus van Sant. Pas mal non ?

Philippe Gajan

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