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24 IMAGES À CANNES - JOUR 5 - par Philippe Gajan

2011-05-16

Même à Cannes, DSK éclipse tout, sauf Malik. Mini émeute ce matin pour la projection. Raté, on le verra donc à sa sortie. En attendant, on vous parle de L'Apollonide – souvenirs de la maison close, le diamant noir de Bertrand Bonello qui frappe un très grand coup.

     Le temps du film est celui du crépuscule du XIXe et de l'aube du XXe siècle, celui des impressionnistes, de l'affaire Dreyfus et bientôt de la fin des maisons closes. Mais le temps du film est aussi circulaire comme si le film se lovait sur lui-même. Non que le cinéaste sombre dans une quelconque nostalgie ou un déni du temps présent, en témoigne la dernière scène, mais bien parce que la maison close à la fois documentée et fantasmée par Bertrand Bonello est en quelque sorte un piège temporel. À la fois havre de paix pour les très riches hommes qui viennent y chercher qui un moment de tranquillité, une diversion, qui l'assouvissement d'une fantaisie, qui le déversement de pulsions violentes, qui encore l'apaisement des sens ou de l'esprit, et prison dont on ne sort jamais pour les femmes qui y vivent et parfois y meurent, la maison close est aussi comme tout endroit clos, un microcosme. Ici, s'y déversent en torrent les trop pleins de passion, ici s'y déposent les marques, les stigmates d'une époque.

     L'Apollonide – souvenirs de la maison close, quel beau titre ! – si l'on se souvient est en peu de temps la deuxième évocation de ce lieu mythique dans le cinéma français. Mais si Kechiche l'aborde à la manière du Zola de Nana par exemple, Bonello convoque les peintres impressionnistes et les autres arts. Courbet aurait pu trouver l'inspiration pour L'origine du monde, Le déjeuner sur l'herbe est cité et on pense souvent évidemment à Toulouse-Lautrec. L'opéra vient signifier les passions qui se déchainent alors que par moment c'est À la recherche du temps perdu, autre œuvre quasi contemporaine de cette époque révolue, qui vient à l'esprit. Époque révolue, il y a aussi de cela dans le dernier et très audacieux (étonnante bande son comme d'habitude, utilisation du split screen, narrations qui balbutient) film de Bonello. Bonello est musicien, on le savait, ici il se fait également peintre et livre une étude, à la fois ouverte et complexe, baroque et subtile. Il travaille sur des lambeaux de temps comme matière, sur l'âme même des souvenirs (s'ils en avaient une), il sculpte des images riches et capiteuses, pour dire la détresse de ces femmes, leur résignation comme leur révolte, la détresse de ces hommes, leur fureur comme leur douceur.

     Le festival est à mi course. Si le film des frères Dardenne tient la corde actuellement dans les faveurs des festivaliers, il est talonné par Polisse. Un mélo (et une 3e palme d'or!) ou encore un film de conscience social ? Décidément, le cinéma a beaucoup de mal à prendre de la distance même à Cannes. Chassez le naturel et il revient au galop. À noter cependant que le film de Maïwenn est surtout plébiscité par les français : phénomène culturel ?

     Demain, on vous parle du film de Bruno Dumont, de The Island, le fabuleux film bulgare de Kamen Kalev avec Laetitia Casta et je vois le Kaurismaki. Miam miam!

Philippe Gajan

La bande annonce de L'Appolonide

Teaser apollonide par dm-cinema

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