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24 IMAGES À CANNES - JOUR 6 - par Philippe Gajan

2011-05-17

    Maintenant que DSK est en prison et Brad Pitt à la maison, que le probablement sublime The Tree of Life fourbit sa sortie… Eh bien on poursuit : aujourd'hui, Hors Satan, un Dumont aride, concentré sur l'essentiel et surtout, The Island, un film formidablement surprenant de Kamen Kalev.

     Allons, osons : Hors Satan, c'est un peu Le survenant réécrit par Bernanos. Bref du Dumont quoi. L'histoire d'une sorte d'ange à la fois guérisseur et vengeur, l'histoire de quelques exorcismes dans un bout de pays oublié des hommes et des dieux. On est ici quelque part entre l'Humanité et Hadewijch, pas loin du début de Flandres. De là à voir pointer les signes de l'obsession… Non, peut-être pas, car avant tout c'est l'œuvre d'un cinéaste qui à encore épuré, qui s'est débarrassé encore un peu plus du superflu. Alors c'est aride, c'est le poids des regards, l'écrasement que provoque un paysage trop grand pour l'homme, c'est une humanité habitée, un peu hantée, à la merci du (haut) mal. C'est dur aussi, l'Homme ici porte son fardeau comme une croix. Difficile d'éviter les termes catholiques, même si on sait que chez Dumont, la foi et le sacré n'ont pas besoin d'église. Bref, un film sombre, inquiet, placé entièrement sous le regard de cet ange, l'ouvrier et déjà rédempteur de Hadewijch : une telle récurrence est forcément porteuse de sens et relie les films les uns aux autres en une vaste réflexion sur la place de l'homme et sur la foi. Un drôle de film à voir à Cannes mais probablement un film nécessaire.

     Tout autre est The Island, le nouveau film du Bulgare Kamen Kalev (Eastern Plays). À première vue un drame du surmenage qui tournerait à la farce, ou encore une chronique de la décomposition d'un couple, film sur les origines, les racines et la paternité… Tout ça et beaucoup plus mais avant tout le récit d'une dérive, celle d'un homme et d'une femme (lumineuse Laetitia Casta) au commencement anesthésiés par une vie factice rythmée par le travail et l'argent et qui peu à peu s'éveillent au monde, d'abord douloureusement. Et cette dérive, elle gangrène le film, progressivement le contamine. C'est d'abord sur l'île et dans le monastère où ils prennent quelques jours de vacance, des apparitions, des silhouettes fugitives, des comportements étranges, des soupçons qui naissent, des coïncidences qui n'en sont pas… Un climat légèrement fantastique, un tout petit peu inquiétant. On est en droit de s'attendre à tout. Ce sera encore autre chose. Car avant tout The Island est une invitation philosophique à prendre sa vie en main. Et on était prévenu, car après tout, le prologue du film n'est-il pas une séance de tarot orchestrée par le grand Jodorowsky lui-même ? Filmé de façon magistrale, le film confirme l'entrée de Kamen Kalev dans la cour des grands et surtout impose une voix extrêmement originale ! Ça fait du bien !!

     Demain, on vous parle du pur moment de bonheur passé en compagnie du tendre mélodrame et néanmoins très citoyen Le Havre. Il faut dire tout notre amour pour Kaurismaki car il nous fait du bien, film après film. Et on ne vous racontera pas Jodie Foster, même pas Bébel honoré et ce n'est que justice à Cannes, car on n'y était pas… Demain, également, à 8h30, le Melancholia de Lars von Trier. Une autre émeute ? Rentrera ou rentrera pas ?

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