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JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS - Critique d'Helen Faradji

2007-07-19

Un frère et une sœur

    Beau sujet de cinéma, la gémellité. Souvent liée aux thèmes du double pervers et des personnalités contradictoires (chez Cronenberg ou De Palma), souvent source de magnifiques déviances cinématographiques, la voilà devenir objet de toutes les souffrances dans Je vais bien, ne t’en fais pas du français Philippe Lioret.

    Apprendre à vivre sans l’autre. Voilà la montagne qu’aura à escalader Lili, de retour de vacances, à qui ses parents apprennent la disparition de son frère jumeau parti après une dispute avec leur père. En état de choc, Lili refusera de s’alimenter et tombera dans la dépression. Jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre de son frère.

    Philippe Lioret a toujours eu le don du simple, du quotidien, du réel. Que ce soit l’amour (dans Mademoiselle), le secret de famille (dans L’équipier) ou maintenant le drame familial dans ce nouveau film adapté du roman homonyme d’Olivier Adam, le cinéaste a en effet cette grâce de savoir capter la délicatesse du quotidien dans ses détails les plus touchants.

    Centré autour de la souffrance d’une jeune fille dont il fait un portrait tout en nuances et sous-entendus, plutôt qu’autour de la disparition du frère tant aimé, Je vais bien ne t’en fais pas ne brille certes pas par son inventivité de mise en scène. Souvent alourdie par une musique redondante, le film s’efface en effet presque cinématographiquement devant son sujet.

    Mais sa sobriété quelque peu ennuyeuse est heureusement épicée par la présence de deux rôles forts de cinéma, aussi riches que complexes, aussi subtils que puissants: celui de Lili (porté par la délicate et bien jolie Mélanie Laurent, césar du meilleur espoir féminin) et celui du père blessé, véritable gouffre de désespoir retenu (impeccable Kad Merad, césar du meilleur second rôle masculin). Tous deux font alors vivre le film avec une intensité juste et souvent touchante. Jusqu’à une dernière scène, pudique et élégante, ayant l’intelligence de nous laisser au seuil d’un psychodrame qu’on imagine épouvantable.


Helen Faradji

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