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24 IMAGES À CANNES - JOUR 8 - par Philippe Gajan

2011-05-19

     « Filme et tais-toi » de lui lancer le critique de Libé ! Effectivement, après sa sortie, Lars von Trier, désormais officiellement banni du Festival de Cannes, aurait tout intérêt par les temps qui court à laisser son œuvre s'exprimer à sa place selon l'expression convenue. Encore que cela relance le débat sur la responsabilité de l'artiste, le syndrome Céline en quelque sorte. D'autant plus qu'on ne peut pas dire qu'elle soit de tout repos, l'œuvre du plus célèbre misanthrope danois (cinéaste?) du moment… Après avoir année après année, film après film, torturé, violenté, sacrifié des femmes courages, sur fond de protestantisme et de rédemption, après avoir lancé le dogme et l'avoir aussitôt foulé aux pieds, voilà von Trier passé à une nouvelle étape puisque ce sont non seulement deux femmes, mais également l'humanité toute entière, qui va y passer dans ce film apocalyptique.

     Plus sérieusement, nous voici face à un film somptueux, un peu fin de siècle dont il partage l'esthétique à la fois sombre, inquiète et grandiose (Wagner, Wagner et Wagner), magistralement interprété (Kirsten Dunst en nouvelle égérie diaphane) qu'il faut cependant affronter sur ses visées. Car au-delà de la visée métaphorique sur l'air de « cette humanité est malade, à commencer malade d'elle-même, elle doit donc être purifiée par le feu », d'où la piste de la colère divine ou encore : « face à la mort, les véritables peurs se révèlent et les masques tombent » ou encore Melancholia, le corps céleste qui vient percuter la terre n'est que le miroir de la maladie de Justine et de Claire, l'expression de leur grave dépression quasi atavique (puisque c'est pas mal gratiné du côté du père et de la mère, ça c'est le côté tragédie antique), enfin bref toutes les panoplies plus ou moins psychanalytiques qui traversent l'esprit du spectateur à son tour pris d'une langueur monotone, bref au-delà de ces possibilités qui s'offrent à nous, d'où vient alors ce sentiment d'être tombé dans un Festen revisité anti dogme, d'où vient justement cette langueur? On va laisser reposer le tout.

     Passons sur le Takashi Miike, gâché au départ par une transformation en 3D non seulement inutile mais qui en plus vient littéralement absorber toute la lumière. Harakiri qui semble être surtout un bel hommage sans conséquence à Maître Kobayashi. Autre hommage plus convaincant : celui qu'Eric Khoo a rendu à l'inventeur du manga pour adulte Tatsumi (avec le film éponyme). Émouvant, intéressant, pas transcendant non plus, mais en tout cas très instructif.

     Non, l'événement asiatique hier se nommait Guilty of Romance (quel titre!) et était signé par le très prolifique, pas reposant et très culte Sion Sono (Suicide Club) Ce dernier présent à cette séance avouait que faire des films lui permettait d'affronter à la fois son amour et sa peur des femmes. Imaginons un Marquis de Sade japonais à l'ère des technologies numériques, cela pourrait peut-être donner un truc étrange comme celui-ci. La dernière demi-heure en particulier est visuellement et moralement totalement époustouflante. Avouons qu'au moment où l'état de transe catatonique nous guette après tant d'images ingurgitées, une œuvre en forme d'électrochoc peut provoquer un réveil salutaire!

Philippe Gajan

La bande-annonce de Guilty of Romance:

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