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24 IMAGES À CANNES - JOUR 9 - par Philippe Gajan

2011-05-20

SORRENTINO + PENN – C'EST DRÔLE ET TRÈS FORT !

    Mais tout d'abord un petit retour sur l'Almodovar 2011. Almodovar, c'est comme les vins, on compare les années. Le 2011 s'annonçait différent, on ne parlait pas de révolution mais tout de même… Que l'Almodovarien se rassure, il n'en est rien ou si peu. C'est raffiné, élégant, cela passe bien. Et cela ne surprend pas trop. Cela commence comme Les yeux sans visages (chouette!), cela continue sur Atame (du bon Almodovar vintage) et cela se poursuit par une petite variation sur le syndrome de Stockholm. Enfin, pas longtemps, car ce qui intéresse Almodovar dans cette histoire de vengeance (un chirurgien plastique kidnappe le violeur de sa fille et l'opère pour le changer en femme qui ressemble à celle qu'il a perdue, vous suivez?) c'est justement tout ce jeu des illusions, des apparences, le mystère des sexes, les transferts, bref, du Almodovar pur jus. C'est confortable, pas vraiment dérangeant, pas nouveau finalement mais ça fonctionne, bien que ce soit drôle sans le vouloir et que finalement cela reste un peu vain. Du mélo grand guignol quoi...

     L'autre film en compétition hier était donc l'entrée film de genre de l'année, un thriller bien musclé et peu disert, franchement peu inspiré (pas Michael Mann), frôlant par moment la parodie sans y parvenir (pas Mel Brooks) et tout entier suspendu sur les épaules et le mutisme d'un Ryan Gosling de marbre. Cela rigolait ferme dans la salle, mais bon... On pourra préférer dans un tout autre genre le nouveau film de Pierre Schoeller, peut-être un peu plus à sa place. Schoeller nous avait présenté l'an dernier l'inégal, vaguement anar et très oubliable Versailles. Cette année L'exercice de l'êtat, que les non hasards de la programmation avaient mis à l'horaire après le parait-il très étonnant et très recommandable Pater de Cavalier et le soufflé dégonflé et pas recommandé La conquête de Durringer, venait donc clore un trilogie du pouvoir à la française. L'intérêt du film de Schoeller est multiple. Son interprétation d'abord - Olivier Gourmet et un excellent Michel Blanc en tête -, son énergie ensuite - le film est monté comme un polar, il est haletant, très prenant -, et surtout son parti pris, enfin, de montrer le pouvoir comme une drogue puissamment addictive, parti pris qui fonctionne. C'est comme du Costa-Gavras mais en 2011, alors que désormais on nage en plein rejet du politique.

     Terminons ce tour d'horizon par la très belle surprise de cette fin de festival. This Must Be The Place, le nouveau film de l'Italien Paolo Sorrentino, réalisateur de Il Divo. Également porté par une énergie qui ne faiblit à aucun moment, par une interprétation magistrale de Sean Penn (attention, prix d'interprétation en vue!) en star du rock gothique sur le retour et fortement dépressive, tout de noir vêtu, les lèvres rouge sang, les yeux cernés et la coiffure corbeau mais surtout une démarche et une diction (et un rire!) venus d'ailleurs, le film regorge de trouvailles, surprend à la fois au sein de chaque image et par ses enchainements. Fable contemporaine douce-amère sur la difficulté de «trouver sa place», sur l'ennui et ses remèdes mais plus encore sur un véritable amour in fine pour le monde et les drôles de bestioles qui l'habitent, le film emprunte plusieurs voix pour y arriver. D'Irlande en Amérique, la chronique familiale se fait bientôt road-movie et chasse au nazi en même temps… Sorrentino nous rappelle de bien beaux souvenirs, le Wenders de la belle époque bien sûr, mâtiné de la folie, de la démesure et d'un sens de l'absurde proprement Kaurismakien, époque Leningrad Cowboys. Jamais avare de surprises, profondément généreux et original, son film devrait se trouver une place au palmarès.

     Dommage d'ailleurs pour lui que ce soit l'année de Malick, il aurait pu prétendre à la Palme. Mais logiquement, elle est promise à Malick. Alors des pronostics ? Demain, je vous livre le mien, enfin les miens. Car n'ayant pas vu The Tree of Life, j'en ferai un avec le Malick et un sans.

Philippe Gajan

La bande-annonce de This Must Be The Place:

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