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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

CHER M. JOHN WATERS

2007-07-19

Cher M. John Waters

    Cette semaine, vous faites l’actualité cinématographique à Montréal. Bien sûr, vous n’en savez probablement rien. Nous nous priverons donc de votre présence, une absence fort dommageable étant donné ce que la captation d’un de vos one-man show dans le « documentaire » This Filthy World peut donner. Au lieu de ronchonner sur les sous qu’on ne leur donne pas alors que sans eux, Montréal ne serait qu’un dépotoir à ciel ouvert, certains organisateurs de festivals fait juste pour rire auraient peut-être pu coordonner votre venue avec la sortie d’Hairspray mouture 2007, adapté de votre version de 1988, ou avec la tenue de la rétrospective que vous consacre le cinéma du Parc. Ils auraient pu, mais ils ne l’ont pas fait. Quel dommage. Vous savez, nous avons aussi ici quelques charmantes ligues de vertu et il aurait été des plus plaisants de les voir s’agiter dans tous les sens, brandissant crucifix et autres gousses d’ail, à l’annonce de votre seule venue.

    Nous reste donc ce This Filthy World présenté dans le cadre de la rétro du Parc. Réalisé par M. Curb Your enthousiasm, Jeff Garlin, le film n’est ni plus ni moins que l’enregistrement, sans fioriture ni effet, d’un spectacle que vous donniez à New York devant une foule conquise. On vous y laisse donc toute la place, une place que vous prenez sans vous soucier d’offenser, de choquer ou de tout autre verbe si longtemps accolé à votre néanmoins charmante personne (en plus de l’adoubement par William Burroughs lui-même qui vous donnait en toute légitimité le titre de The Pope of Trash). En réalité, vous y prenez la même place que celle vous avez prise avec vos films. Une place hors de la « normalité », hors de la ligne à suivre, hors des modes et des diktats. Dans votre show, vous racontez sans jamais vous épancher, vous amusez sans jamais courtiser, vous plaisez sans jamais vous abaisser. Vulgaire? Pas une miette. Outrancier? Et alors? Gayly incorrect comme vous le dites vous-même? C’est tant mieux.

    M. Waters, vous êtes une respiration d’air pur dans l’atmosphère viciée de ce monde encrassé. Vous êtes un rempart contre l’aseptisation que vous combattez avec l’élégance désinvolte et aristocratique de ceux qui ont compris que l’humour était la politesse du désespoir. Vous n’êtes pas Visconti, vous le dites vous-mêmes, mais soyez assurés, M. Waters, que vos films se sont frayés un chemin jusqu’à notre panthéon personnel, Juste entre Team America de Trey Parker et Matt Stone et les livres de Bukowski. On ne manquera évidemment pas, du 20 juillet au 2 août, de rédécouvrir vos Hairspray, Pink Flamigos, Female Trouble, Polyester, Cry-Baby, Serial Mom, Pecker, Cecil B. Demented, A Dirty Shame et bien sûr, en exclusivité ce fameux This Filthy World au cinéma du Parc

    Et oui, nous irons aussi voir cette semaine cette nouvelle mouture d’Hairspray, signée Adam Shankman dans lequel John Travolta enfile les grosses fesses qui allaient si bien à votre égérie Divine. Pas tout à fait aussi jouissif que le vôtre (certains affirment même que vous auriez vendu votre intégrité underground en acceptant cette version, contre un bon gros chèque…), mais swinguant, pétillant, pétulant et gratifié, en plus, de votre irrésistible caméo dans ses premières minutes. Difficile de ne pas se laisser aller à taper des mains.

    Pour le reste, vous serez probablement d’accord avec nous, on évitera joyeusement ce Joshua de George Ratliff. Après vos films, ce thriller familial, mêlant couches et culottes et horreur paraîtrait bien pâle. Une pâleur qui affuble d’ailleurs également Mon meilleur ami, fable sur l’amitié signée Patrice Leconte, étrangement peu en forme.

    Nous nous serions probablement beaucoup amusés si vous aviez réalisé Dans Paris, cette histoire de frangins parisiens à la dérive (Romain Duris et l’impeccable Louis Garrel) et de leur papa poule (Guy Marchand). Mais le film a plutôt échoué entre les mains de Christophe Honoré, habitué des agapes cannoises. Pour certains, l’ancien critique des Cahiers est le nouvel espoir du cinéma français, on crie au génie, au renouveau, à l’amour éternel et aux petits oiseaux qui chantent. Pour d’autres, ce récit ampoulé mériterait de s’étouffer dans sa prétention.

    Si on garde une vague mention pour Ma Tante Aline signée Gabriel Pelletier dont la fraîcheur et l’honnêteté ressemblent à un bon petit rosé bu sur la terrasse (rien d’inoubliable, mais Pelletier y revisite la comédie romantique sans se noyer dans les conventions, ce qui n’est déjà pas si mal), Libero sera plutôt notre film de la semaine.

    Oui, M. Waters, nous l’avons dit, vous êtes notre événement hebdomadaire, mais ce drame italien, premier long de l’acteur Kim Rossi (Romanzo Criminale), vaut aussi le détour. Croyez-nous.

En attendant de vous retrouver derrière, devant, par-dessus ou par-dessous la caméra, M. Waters, veuillez agréer de nos sentiments cinéphiles les plus chaleureux.

Helen Faradji

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