Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

THE SHOW MUST GO ON

2011-05-25

    L’année de l’introspection. De la dépression. De la variété. L’heure des bilans cannois est tombée et les analystes de tout poil commentent cette sélection particulièrement relevée. Mais, sans avoir vu lesdits films que l’on attend maintenant avec une impatience certaine, on préférera retenir l’évidence : après des années de lutte et de coups de griffes (Venise a une sélection bien plus audacieuse, Toronto gagne haut la main la bataille des gros sous), Cannes semble avoir repris sa place de plus grand festival au monde. Et avec faste. Malick, et son sublimissime Tree of Life (on vous en reparle au retour des vacances - il faut du temps pour digérer ce monstre-film) beaucoup plus facile à défendre par tous que Weerasethakul l’année dernière (pourtant, Tim Burton avait eu un sacré cran), de nouveaux auteurs institués dans un léger parfum de polémique (le danois Nicolas Winding Refn dont le Drive, un "polar astral fracassé d’éclats de violence" nous dit Libé, paraît faire exploser les habituels standards cannois, Joseph Cedar carrément décrié pour son prix du scénario), de jeunes pousses émergeant sous l’ombre protectrice des grands (Maïwenn, Dujardin, Dunst bien au chaud derrière les géants Bilge Ceylan, les Dardenne et oncle Malick)…En patinage artistique, Cannes 2011 aurait facilement eu son 9.8

    Mais au-delà du constat, au-delà aussi de la probabilité quasi-absolue que Pedro Almodovar ne remette plus jamais son madrilène peton sur la Croisette, que retenir de cette réjouissante 64e édition?

    *Qu’être membre d’un jury a l’air d’un moment de vie particulièrement sympathique. Mines ravies des Assayas, Thurman, Shi, To de ce monde lorsqu’ils sont montés sur la scène du Théâtre Lumière dimanche dernier pour remettre leurs prix. Mais surtout récit publié ici d’une expérience hors du commun, celle du critique britannique Peter Brashaw invité cette année à siéger aux côtés d’Élodie Bouchez, Geoffrey Gilmore (directeur du festival de Tribeca), Daniela Michel (directrice du festival mexicain Morelia) et Emir Kusturica sur le jury Un certain Regard. Un récit vivant et amusant où l’on apprend notamment que le réalisateur double palmé lit attentivement les critiques du Guardian, aime Bruce Springsteen et la « mythologie des auteurs ». Un certain Regard, qui en passant aura certainement repris de son lustre au détriment de la Quinzaine, un peu tiède cette année, aura finalement remis ses prix à Kim Ki-Duk, Andreas Dresen, Andrei Zvyagintsev et Mohammad Rasoulof.

    *Que faire voyager un film, aujourd’hui, est devenu a piece of cake, comme disent les Chinois. Car c’est en effet dans un gâteau qu’a été transporté This is Not a Film, l’autre film iranien de l’année, l’autre preuve que le monde du cinéma n’oublie pas Panahi et Rasoulof. Gravé sur une clé USB enfouie dans un gâteau envoyé à Paris, voilà comment le réalisateur, qui fait face à une interdiction de filmer de 20 ans, a pu faire parvenir son œuvre à Cannes. Après le cas DSK, un autre moment de réalité dont beaucoup de scénaristes doivent être jaloux.

    *Qu’être le méchant n’est finalement pas si grave. Oui, cette tête de Lars est maintenant persona non grata. Oui, ses propos ont été d’une bêtise assez rare. Mais au fond, qu’est-ce que ça change? Les Inrocks l’affirment sans se tromper : c’est « presque sans dommages que LVT sort de sa parenthèse nazie ». Il y a évidemment eu le prix remis à son élégante actrice. Puis sa fierté, étalée dans plusieurs journaux, d’être entré dans l’Histoire de Cannes. Et surtout son projet de remake sous contraintes dogmes d’un film de Scorsese par lui-même (Five Obstructions), - on murmure que ce sera Taxi Driver - maintenu et les ventes de Melancholia à l’étranger finalement assurées, après que des sociétés argentines et italiennes aient préféré annuler leurs contrats de distribution du film. À Cannes, comme ailleurs, le principe de la séparation entre l’œuvre et l’homme est roi. Et c'est très bien comme ça.

    *Que Cannes, en fait, c’est comme n’importe quel film : pour le réussir, il faut une belle histoire. Avec des gentils, des méchants, des rebondissements improbables, des irruptions de réalité et un final spectaculaire. Rien de bien compliqué, donc...

    Sur ce, on vous laisse pour quelques semaines de vacances. 24images.com sera de retour le 23 juin prochain. Mais nous ne vous laissons pas tout seuls, puisque du 6 au 11 juin, Marcel Jean animera avec passion un blogue quotidien en direct du festival international du film d’animation d’Annecy! Ne le ratez pas 

Bon cinéma

Helen Faradji 

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