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24 IMAGES À ANNECY - JOUR 1 - par Marcel Jean

2011-06-06

LE TRAVAILLEUR DE L'OMBRE

    Responsable de la gestion des films et de la programmation, Laurent Million travaille à l'organisation du festival d'Annecy depuis 1988. Sympathique, mince, le regard rieur, il a gardé une allure d'adolescent futé malgré ses 45 ans. Son histoire est semblable à celle de plusieurs jeunes Français qui se sont découvert une vocation à travers leurs refus du service militaire. «Je suis arrivé à 22 ans en tant qu'objecteur de conscience, raconte-t-il, m'intégrant à une toute petite équipe qui comptait au total trois permanents et une stagiaire. Cela me fait sourire aujourd'hui lorsque je réalise que le service dont j'ai la responsabilité, qui ne concerne qu'un aspect très précis de l'organisation de l'événement, a exactement le même nombre d'employés qu'avait alors tout le festival. Cela en dit long sur le chemin parcouru depuis 20 ans.»

    Le boulot de Laurent Million consiste à prendre charge des films: recevoir les soumissions, trouver les copies, s'assurer de la logistique de celles-ci, superviser les prestataires de services techniques et retourner les copies au bon endroit, en bon état et sans tarder. Un travail qui l'amène à visionner des tas de films, un boulot qui fait de lui un témoin privilégié de l'évolution du festival et du cinéma d'animation. «Je ne vois pas tout, car nous recevons tellement de films, mais je suis dans la position idéale pour voir ce que je veux. Je m'empresse donc de visionner les oeuvres des cinéastes dont j'ai aimé les films précédents. Lorsque les comités de sélection ont terminé leur travail, je regarde ce qu'ils ont retenu. Je serais toutefois un assez mauvais critique: lorsque je n'attends rien d'un film, je m'enthousiasme trop facilement. À l'inverse, lorsque j'attends un film et qu'il n'est pas totalement à la hauteur, je suis très dur.» Et son avis sur la compétition de cette année? «La qualité générale est meilleure que l'an dernier, mais les films sont plus lourds. Même dans l'humour, on a l'impression que les films sont chargés, beaucoup de cinéaste abordant la guerre et la mort. Je pense par exemple à Clean Carousel du Danois Andreas Bodker, qui est à la fois drôle et morbide. Cela vaut aussi pour les films de fin d'études, comme le court métrage belge Condamné à vie, de Vincent Carréty et Hannah Letaïf, une comédie racontant l'histoire d'un homme qui tente de se suicider.» Un favori? Un coup de coeur? «Lorsque j'ai vu Magic Piano, de Martin Clapp, un film de marionnettes réalisé dans le cadre d'un projet hommage à Chopin, je me suis dit qu'on avait là un Grand prix potentiel. J'ai été ensuite surpris d'apprendre que le comité de sélection l'avait placé hors compétition. Finalement, à la suite de plusieurs discussions, il ne sera montré que dans le cadre d'une séance spéciale intitulée World of Flying Machine, le dernier jour du festival.»

    On sait que le festival d'Annecy est l'un des derniers (avec Zagreb et Hiroshima) à laisser sa sélection officielle entre les mains de comités indépendants formés de personnalités de milieu et non liés à l'organisation du festival. Est-ce que Laurent Million croit qu'il est temps de réévaluer cette pratique? «On se questionne régulièrement. Ça touche les fondamentaux de ce festival qui fonctionne de cette façon depuis le début. C'est constitutionnel, c'est historique! C'est un luxe d'avoir ces comités: ça coûte cher, il est de plus en plus difficile de trouver des gens (Qui à le goût, le temps et l'énergie de voir 800 ou 900 courts métrages en douze jours?), c'est contraignant... Mais, en même temps, ça fournit des garanties d'indépendance. De plus en plus de festivals ont un directeur artistique qui se charge de la sélection officielle avec une petite équipe. Je respecte ce fonctionnement, mais je ne remettrais pas le nôtre en cause pour quelques omissions. On l'assume.»

    Et comment Laurent Million évalue-t-il l'évolution du festival, qui fait une place de plus en plus grande à l'industrie et au long métrage? «Il y a des tas d'obligations liées au financement, aux partenariats et à la promotion qui justifient ces changements. Ce qui ne m'empêche pas, personnellement, d'assumer plutôt mal certains changements de case. Par exemple, je n'apprécie pas que la case de 20h30, auparavant réservée aux courts métrages en compétition, soit désormais dévolue à des avants-premières, à des longs métrages hors compétition. Les courts métrages sont la noblesse du festival!»

    Qu'en est-il, maintenant, de l'évolution technique? Annecy présente de plus en plus de films en relief et doit s'adapter aux nouveaux formats et à leur multiplicité. Un défi qui incombe à l'équipe de Laurent Million. «Bizarrement, c'est le long métrage qui est le plus affecté par les changements. En sélection officielle, là où on peut vraiment prendre la température de l'évolution technologique, il reste environ 30% de films en 35 mm. Le reste, c'est du cinéma numérique, du HD, de la vidéo.»

    Laurent Million finit de griller sa cigarette avant de retourner voir aux derniers préparatifs, à quelques heures de l'ouverture du festival. Cette année, Annecy rend hommage à la production américaine et la séance d'ouverture sera consacrée aux derniers courts métrages des grandes compagnies: Disney, Pixar, Warner, etc. On en reparle demain, ainsi que de la première séance de la compétition officielle.

Marcel Jean

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Vos réactions (1)

  1. Merci pour cette bonne idée (ce blogue)!Je "bookmark" et viendrai voir les procahines mises à jour avec un bout de fromage en main, histoire de me sentir un peu plus là bas...

    par lucotter, le 2011-06-07 à 11h45.

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