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24 IMAGES À ANNECY - JOUR 3 - par Marcel Jean

2011-06-08

ÇA MIAULE?

    Neuf longs métrages se disputent le Cristal d’Annecy cette année. Dans le lot, deux histoires de chats, une histoire de chien (The Tibetan Dog de Masayuki Kojima) et une histoire d’ours (The Great Bear d’Esben Toft Jacobsen). Volontaires, les chats ont été les premiers à entrer dans le bal. On a d’abord vu Une vie de chat, premier long métrage du tandem Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol, puis Le chat du rabbin, adaptation très attendue de l’album de Joann Sfar (Gainsbourg, vie héroïque) réalisée par Sfar et Antoine Delesvaux.

    Réputés pour leurs courts métrages (Les tragédies minuscules; Le couloir), Felicioli et Gagnol ont malheureusement raté leur passage au long format. Cela pour une question de cible commerciale, sans doute: nous avons là une oeuvre clairement destinée aux enfants, limpide jusqu’à la platitude alors que les qualités premières des films du tandem résident normalement dans leur ambiguïté mêlée de cruauté. Si elle conserve la valeur graphique qui a fait la marque des réalisateurs, cette histoire de chat voleur n’a en conséquence pas la finesse psychologique qui les caractérise: une poignée de personnages caricaturaux évoluent au coeur de situations archétypales. Au final, ça nous donne un film prévisible de bout en bout.

    La projection du Chat du rabbin était en quelque sorte l’événement de la compétition. Les rumeurs envoyaient le film de Sfar et Delesvaux à Cannes et le voici à Annecy. Salle archi-comble, donc, hier, pour la première projection en relief. Foule surchauffée, ovation dès la présentation de Delesvaux avant le début du film, puis nouvelle ovation au générique final. Un peu excessif, tout ça! Parce que cette histoire de chat désireux de se convertir au judaïsme qui finit par partir en pèlerinage à Jérusalem est originale, souvent amusante et parfois franchement drôle, mais que le récit est plutôt longuet et bien curieusement construit (on y abandonne rapidement la fille du rabbin, pourtant désignée d’emblée comme la maîtresse du chat).

    La meilleure part du film réside dans les discussions théologiques entre le chat et le rabbin, ainsi que dans une rencontre impromptue, au Congo, entre les pèlerins et un colonialiste belge nommé Tintin, accompagné de son stupide chien (dixit le chat). Cette dernière séquence, décapante, a amené Joann Sfar a déclarer avec humour qu’il craignait maintenant davantage la succession d’Hergé que les orthodoxes juifs ou les islamistes (parce que si le film est centré autour d’un petit groupe de juifs, on y croise aussi beaucoup de musulmans, à commencer par le cousin du rabbin, qui fait partie du pèlerinage).

    J’ai déjà indiqué que le film était projeté en 3D, ce qui dans ce cas-ci relève du gadget totalement superflu, la mise en scène n’exploitant jamais la profondeur. De plus, toujours sur le plan de la technique, on s’étonne de constater d’énormes différences entre certaines scènes sur le plan du rendu graphique et de l’animation. Les séquences à l’approche de Jérusalem, par exemple, paraissent bâclée, la physionomie des personnages étant grossièrement modifiée. Comment l’expliquer autrement que par des problèmes budgétaires ou d’échéancier?

    Du côté des courts métrages, le deuxième programme de compétition officielle a aligné les films respectables, quelques uns faisant l’étalage d’une virtuosité technique certaine: le film de danse Meniscus de la Néo-zélandaise Maria-Elena Doyle; La détente des Français Pierre Ducos et Bertrand Bey qui présente l’imaginaire d’un soldat quelques secondes avant la bataille, sujet très proche de celui abordé par Claude Cloutier dans La tranchée; Conto do Vento des Portugais Claudio Jordao et Nelson Martins qui met en place une esthétique singulière faite d’images déformées pour raconter une histoire de sorcellerie.

    Deux oeuvres méritent qu’on s’y attarde davantage: Une romance de famille d’Irina Litmanovich et Voyage au Cap Vert de José Miguel Ribeiro. Deux films sensibles, le premier racontant le quotidien d’une famille russe, le second le séjour improvisé du cinéaste au Cap Vert. Réalisé à partir d’éléments découpés, Une romance de famille rappelle inévitablement, par ses thèmes mais aussi sa technique, Le conte des contes  de Yuri Norstein: même mélancolie, même appel à la mémoire, même regard attendri sur l’enfance. Quant au film de Ribeiro, il se rattache à la vogue des carnets de voyage qui s’est récemment emparée de l’édition, vogue dont le Madagascar de Bastien Dubois était jusqu’ici le représentant animé. Moins spectaculaire que le film de Dubois, celui de Ribeiro est toutefois plus senti, plus conforme à la structure du carnet. Il s’en dégage une grande vérité.

    Marcel Jean

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