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LE VOL DE LA PANTHÈRE - par Robert Lévesque 

2011-06-23

    Je suis descendu en mars 2001 dans un hôtel du 5e arrondissement, l’Hôtel de l’Espérance, au 15 de la rue Pascal, pas très loin du journal Le Monde déménagé de la rue des Italiens à la rue pentue Claude-Bernard et l’hôtel était sis pratiquement au bas de la rue Mouffetard. Quand on sortait de cet hôtel 2 étoiles, il fallait toujours monter, ou vers la Contrescarpe ou vers la rue d’Ulm. Sur la carte, c’était écrit « Calme – Jardin – Hôtel rénové » et le rénové cachait le fait que l’établissement, jadis sans doute confortable (Mauriac étudiant y avait vécu), était transformé en cages à souris, on avait triplé le nombre de chambres. Eh bien, dans cet hôtel, il y avait des photos de Claudia Cardinale partout, dans le hall, l’ascenseur, les couloirs, le coin petit déj. Je m’en étais étonné et la patronne me répondit que la star était sa grande amie, qu’elle y descendait quand elle était dans la capitale.  

    Si elle y avait bel et bien été cliente, la Cardinale, ce devait être dans des années de dèche pour elle qui avait été en 1963 la princesse Dala dans La panthère rose de Blake Edwards. Ou alors, l’amitié (si c’était vrai) était plus forte que tout. Peut-on penser que Claudia Cardinale se privait de palace pour l’affection d’une pétasse (ainsi m’apparaissait cette tenancière en 2001) qui votait Tibéri ? Il y avait aussi des photos de son imposant clebs de luxe qui, à l’oeil, ne pouvait pas avoir emprunté la cage qui vous fait monter aux étages (il y en avait six). M’enfin…  

    Je repensais à ce reposoir photographique de l’Espérance, en regardant l’actrice tuniso-italienne (née en 1938, 73 berges aujourd’hui) se prélasser sur le ventre, couchée sur la peau d’une panthère qui avait gardé toute sa tête dans les premières scènes du film d’Edwards, des scènes censées se passer à Cortina d’Ampezzo, because la princesse en question est la riche héritière d’un dictateur moyen-oriental chassé par un coup d’État (les choses ne changeant pas, aujourd’hui ce serait la Trabelsi…). On la voit skier, aussi, la Claudia C., et son entraîneur, qui est aussi son amant (Robert Wagner), dira qu’elle est « une skieuse énergique ». Énergique, je sais pas, mais belle…, tout de même. Claudia Cardinale aura été l’une des belles prises du cinéma européen de la seconde moitié du vingtième siècle, ça on peut le dire…, et Fellini ne s’en priva pas.  

    Dans ce film, qui aura cinq sequels et dont seul Quand l’inspecteur s’emmêle (réalisé l’année suivante, mais sans la Cardinale, c’est Elke Sommer qui embarque) est vraiment drôle, il y a une réplique qui me fait encore rire, mais si elle est ringarde : c’est David Niven, le « fantôme », le voleur de ce diamant rose, dit la panthère, qui demande à la princesse Dala si elle est « une reine vierge », et la Cardinale de répondre : « je ne suis pas reine »…  

    Trêve de Claudia C., ce film du regretté Blake Edwards, décédé en décembre dernier (sur ARTV le 28 juin à minuit 30) vaut évidemment pour la performance du génial acteur qu’était Peter Sellers (1925-1980), l’inspecteur Clouseau (et non le Clouzot de madame Agatha) qui va tenter de démasquer le voleur du diam dit la panthère rose, mais qui, plus gaffeur que Gaston la gaffe, va finir par être accusé lui-même du vol de la panthère… 

    La direction artistique de ce film qui a vieilli est bien laide, on la doit à un Mexicain du nom francisé de Fernando Carrère qui, une seule fois, fut nominé aux Oscar pour son travail sur The Children’s Hour de William Wyler, mais ceci est une autre histoire…  

Robert Lévesque

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