Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

FANTASTIQUEMENT VÔTRE

2011-07-14

    Commençons par l’évidence : Fantasia fait partie de ces festivals qui n’ont pas peur de rêver en couleurs et de se donner les moyens de leurs ambitions. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais il y a tout de même là le début d’un pourquoi du comment Fantasia a su s’imposer en 15 ans comme un festival non seulement suivi presque religieusement par des fidèles toujours plus nombreux, mais qui en outre n’a cessé d’évoluer en adhérant à ce bon vieux principe de grand-mère : cent fois sur le métier, tu remettras ton ouvrage.

    Oui, car que l’on soit sensibles ou non aux films de monstres, que l’on aime ou non les foules hystériques et potaches, que l’on rêve ou non à des cascades d’hémoglobine, plusieurs choses sont devenues incontestables. D’abord, que Fantasia a pris sa place, unique et singulière, sur le grand échiquier festivalier montréalais sans rien demander à personne. Qu’ensuite, Fantasia n’est plus cette petite bête qui monte, qui monte, qui monte que l’on regardait d’un œil attendri, mais bien une machine bien huilée n’ayant besoin de la complaisance de personne. Qu’enfin, en terme de mission festivalière (vaguement résumable par découverte, enthousiasme et événement), Fantasia n’a pas à rougir de ses propositions.

    Alors, que retenir de cette quinzième édition, qui s’ouvre aujourd’hui, 14 juillet, avec la présentation de l’attendu Red State de Kevin Smith, promettant un étrange mélange entre slasher, teen-movie et satire religieuse, et refermera ses portes le 7 août avec Don’t be Afraid of the Dark, premier long de Troy Nixey, écrit et produit par l’homme del Toro qui sera lui-même de la fête ? Pas de visionnement préalable, cette année, allons-y donc gaiement en dénichant dans le vaste programme ce qui met l’eau à la bouche. Découvertes, disions-nous. À ce rayon, on serait bien tentés de jeter un coup d’œil à l’unique plan-séquence probablement traumatisant composant Victims du Britannique David Bryant, histoire de vérifier si l’astuce du plan unique a pris la poussière depuis The Rope. Intriguant aussi que ce The Devil’s Double, petite bestiole belge signée Dominic Cooper et remarquée à Berlin et Hong Kong où un homme se voit forcé de devenir double officiel du fils de Saddam Hussein. Aussi déniché à Berlin, où il a reçu le prix de la critique internationale, Heaven’s Story de Takahisa Zeze fait dans la fresque ambitieuse et vengeresse en 278 minutes. Là aussi adoubé par la critique, mais à Rotterdam, Bleak Night de Yoon Sung-hyun, pourrait bien surprendre par son regard sur l’adolescence.

    Enthousiasme, encore, avec une poignée de films-bonbons que l’on présume tout prêts à ravir les foules. 100 Years of Evil, par exemple, des Suédois Erik Eger et Magnus Oliv qui nous fera le coup de « et si Hitler n’était pas mort ? ». Ou encore l’animé El Sol, d’Ayar Blasco, qu’on nous promet au croisement des univers de South Park, Monty Python et Jodorowsky, excusez du peu, le Danois Clown de Mikkel Nørgaard, quelque part entre Lars Von Trier et Larry David, le japono-allemand Underwater Love de Shinji Imaoka, objet érotico-musical mis en images par Christopher Doyle et en musique par Stereo Total ou le documentaire québécois Art/Crime qui, suite aux déboires de Rémy Couture, s’intéressera à ce que veut dire l’expression liberté artistique dans le plusse beau pays du monde. Voilà qui devrait divertir.

    Evénements, enfin, car on le sait, un festival digne de ce nom ne serait rien sans ces pépites extrêmement alléchantes qui ont fait ou feront frétiller les spectateurs à travers le monde et qui se posent le temps d’une ou deux projections en nos terres (souvent, leur seul passage sur grand écran avant une triste sortie directement en dvd…). Là, Fantasia a du sérieux dans sa besace cette année. Avec le retour du septuagénaire et authentiquement marginal Larry Kent dans Exley, entièrement improvisé. Avec encore une soirée hommage au cinéaste canadien Ted Kotcheff où l’on présentera le classique Outback de 1971, une projection spéciale des cultes Battle Royale de Kinji Fukasaku et Un génie, deux associés, une cloche de Leone (en présence de Robert Charlebois), une soirée en grand place des Arts où le pianiste Gabriel Thibaudeau accompagnera la projection d’une copie rare de la version de 1925 signée Rupert Julian de Phantom of the Opera, un hommage au disparu Jean Rollin par la présentation du documentaire Jean Rollin : le rêveur égaré. Avec également la découverte des nouveaux bébés des enfants prodiges du cinéma de genre Takashi Miike (13 Assassins et Ninja Kids !!!), Park Chan-wook et Park Chan-kyung (le court Night Fishing, tourné sur un iPhone et primé à Berlin), Johnnie To (Don’t go Breaking my Heart) et Tsui Hark (Detective Dee and the Mystery of the Phantom Flame). Avec enfin la présentation du brûlot Bas-fonds, signée de la comédienne française Isild Le Besco, évoquant l’intolérable relation de trois jeunes femmes et loué par la presse française pour la rigueur toute bressonnienne de sa forme et la radicalité brutale de son propos. Assurément l’un des films qui suscitent le plus d’envie cette année.

    On mettra à jour ses propres désirs en allant fouiner du côté de la programmation entière par ici, mais on restera assurés d’une chose : pour ses 15 ans, Fantasia a l’air de tout sauf d’un festival adolescent. 

Bon cinéma 

Helen Faradji   

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.