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PAUL - critique d'Helen Faradji

2011-08-11

TOUT À L’ÉCRIT

    En ces temps post-, post-, post-, post-modernes, il y a quelque chose d’extrêmement périlleux à s’engager dans la voie du recyclage. Bien sûr, Quentin Tarantino a ouvert la voie, montrant aux apprentis cinéastes ce que la multiplication de références, même – et surtout – les plus obscures pouvait avoir de cool, de dynamique, de réflexif. Mais sur ce chemin apparemment balisé, rien de plus aisé non plus que de verser dans la facilité de la parodie la plus pauvre (suivez mon regard vers les frères Wayans ou la série des Scream). Rien de bien méchant non plus à ouvrir les vannes d’une nostalgie populaire et enfantine allergique au second degré (Super 8 de J. J. Abrams). Beaucoup plus compliqué, par contre, de réussir ce subtil mélange d’adoration assumée et de douce perversion, cette combinaison nuancée et fragile de regard vers le passé et de conscience contemporaine. Beaucoup plus complexe, en somme, de réussir ce genre bien particulier qu’est le pastiche.

    Véritables Mel Brooks des temps modernes, Nick Frost, devenant ici, pour la première fois de l’histoire du duo, co-scénariste, et Simon Pegg sont de cette trempe. Après avoir ranimé le film de zombies (Shaun of the Dead), ressuscité le film d’action des années 80 (Hot Fuzz), le tout en pleine campagne anglaise, les voici (télé)transporté sur les routes d’une Amérique mythique pour mieux en revivifier l’une des figures majeures : l’extra-terrestre. Une "geekerie" parfaitement assumée (nos deux compères débarquent d’Angleterre pour visiter le temple de la sous-culture des années 2000 : le Comic Con), une idée aussi simple qu’efficace (donner voix humaine, et pas n’importe laquelle – celle de Seth Rogen, force comique tellement puissante qu’elle explose même son corps effacé – à Paul, ledit extra-terrestre), et un regard parfaitement méchant, parfaitement jubilatoire sur ce qui fait l’Amérique d’aujourd’hui (entre fous de Dieu d’une crétinerie à toute épreuve, agents et autres représentants de l’ordre corrompus et méchants en suppôts obéissants de l’impérialisme – on exploite au maximum et on tue —, leurs rencontres avec ce qui fait la Mecque du cinéma bis ne font pas dans la dentelle) : Paul aligne les bons coups, retournant la terre d’un jardin en train de dépérir pour mieux le refleurir.

    Et puis rapidement, Paul se met aussi à résonner d’un aspect nouveau dans la comédie contemporaine, et assurément hérité de l’influence des séries télé : celui d’une importance démesurée accordée aux scénaristes, auteurs sans conteste de ce genre mal-aimé. Car ce qui fait le sel de Paul, aucun doute possible, n’est pas sa mise en scène, conventionnelle et pauvre, mais bel et bien son scénario. Peut-être faut-il chercher l’explication dans le passage de flambeau, Greg Mottola (Superbad) ayant remplacé derrière l’œilleton Edgar Wright, réalisateur et co-scénariste des précédentes aventures du duo et qui, lui, avait su doubler les délirantes répliques et situations d’une vision, d’un regard, d’un souffle bien à lui ? Peut-être faut-il aussi se rappeler que souvent, le monde de la comédie, et en particulier du pastiche, a cette fâcheuse tendance à oublier qu’un film, c’est aussi de la mise en scène. Des dialogues, un récit, des rebondissements ? Certes. Mais manque dans Paul cette attention portée à la forme qui aurait pu le faire basculer dans la dimension des vrais films cultes.

    Comme ceux qu’il cite à foison, en réalité. Alien, Star Wars, Star Trek, X-Files, Close Encounters of the Third Kind, E.T.., Tous sont convoqués, d’une façon ou d’une autre, dans ce film qui recycle avec un bonheur évident tout ce qui, on le sent, a fait l’univers imaginaire des jeunes Frost et Pegg. Clins d’œil nostalgiques, mais refusant de laisser leurs amours de jeunesse dépérir, hommages tendres, mais ne se laissant pas non plus envahir par une béatification de ces objets de désir, juste équilibre trouvé : Paul a ceci de charmant et d’enthousiasmant qu’il fait du passé une matière nouvelle, à recomposer avec dynamisme pour mieux éclairer une certaine idée du cinéma de divertissement, fait sans cynisme ni complaisance. Un cinéma à l’ancienne, dont Steven Spielberg est assurément le maître à penser (Spielberg qui vient d’ailleurs de confier à Frost et Pegg les rôles de Dupont et Dupond dans son prochain Tintin, la boucle est bouclée). Reste que les deux compères, aussi drôles et attendrissants soient-ils, semblent avoir oublié la leçon principale de professeur Steven : pour réussir un grand divertissement populaire, que tes élèves citeront en modèles dans 30 ans, il te faut un peu plus qu’un lecteur dvd, un papier et un crayon.

Helen Faradji

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