Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

IMPÉRIALISME 2.0

2011-08-11

    Oui, l’été est propice à la légèreté, à la fantaisie, à l’envie de tout voir en rose bonbon. Et le monde du cinéma est même traversé de ces bonnes nouvelles parfaitement dans l’air du temps. Tiens, comme celle annoncée dans cet article des Inrocks qui fait part d’une nouvelle tendance en distribution : celle de faire occuper les écrans en été en France par des films d’auteur qui peuvent trouver là un réel marché (tous ceux que la perspective d’aller découvrir les Schtroumpfs en 3D ou Cowboys and Aliens déprime, ce qui fait tout de même beaucoup de monde), une disponibilité de l’attention médiatique et une réelle possibilité d’exister plus qu’une semaine. Une bonne nouvelle confirmée notamment dans Télérama, sur le blogue d’Aurélien Ferenczi qui inaugure ces temps-ci une nouvelle rubrique : les films oubliés de l’été (à découvrir, ces temps-ci, le norvégien Troll Hunter de André Øvredal et Attack the Block du Britannique Joe Cornish, d’ailleurs tout juste présenté par ici lors de la 15e édition de Fantasia). L’été, c’est fait pour jouer et pour sauver le cinéma différent? Ah qu’on aimerait y croire. Ah, qu’on aimerait que tout soit aussi simple.

    Pourtant, il suffit d’un détour vers une autre presse, plus mondiale, plus spécialisée dans le monde des affaires pour réaliser qu’Hollywood n’est non seulement pas prête à se laisser damer le pion par qui que ce soit (et surtout pas par une poignée de distributeurs de films d’auteurs), mais semble en plus persuadée que plus ses méthodes seront autoritaires et tyranniques, plus ses chances de réussite seront grandes. Premier exemple avec cette nouvelle annoncée dans Film Business Asia qui nous apprend que la Fox (Rise of the Planet of the Apes, Monte Carlo, X-Men : First Class) a décidé unilatéralement de ne plus distribuer de copies 35mm à Hong Kong et Macau. Dès janvier 2012, seules des projections numériques de leurs films pourront donc être organisées. Oui, bien sûr, la numérisation des films permet leur diffusion à de moindres coûts. Oui, bien sûr encore, il y a peut-être là une vraie chance pour des films plus fragiles de pouvoir voyager plus facilement, une réelle possibilité de partage et d’échange simplifiée. Mais on se permettra de douter que les ambitions du mastodonte soient si simples. Surtout après avoir lu cette phrase d’un des pontes de Fox, Julian Levin de son petit nom, affirmant, sans la moindre trace de honte, mais avec ce cynisme qui caractérise ceux pour qui le cinéma n’est rien d’autre qu’un commerce comme un autre, « The future of the cinema business is in digital technology, particularly as a basis for providing to consumers the extra value of 3D cinema ». Même plus spectateurs, consommateurs... Que vous aimiez le 35, que vous vouliez encore avoir accès aux scratchs, aux indicateurs de changements de bobine, aux bruits du projecteur que l’on allume n’a aucune importance. Nous allons vous gaver de sensations fortes, en 3D, comme de bonnes oies que vous êtes. Et si vous n’êtes pas contents, tant pis, vous n’avez pas le choix.

    Une attitude de Goliath imposant ses stratégies par la force qui ressort également de cette autre nouvelle, sortie par l’AFP fin juin, et reprise notamment dans le Globe and Mail. Une nouvelle qui fit peu de vagues, il faut bien le dire, mais qui n’en exhale pas moins des relents d’impérialisme culturel particulièrement désagréables. C’est en Indonésie qu’il faut se transporter pour observer ce bras de fer assez dégoûtant entre studios hollywoodiens, gouvernement local et distributeurs. C’est que, dans l’idée d’encourager et de protéger les cinéastes indonésiens franchement pas au meilleur de leur forme (depuis quand n'avez vous pas vu un film indonésien?), le gouvernement a instauré il y a quelques mois une taxe à l’importation sur les films étrangers. Une taxe qui fait polémique et qui a conduit quelques-uns des plus gros studios hollywoodiens (Paramount, Sony, Walt Disney, Fox, Warner et Universal, rien que ça…) à boycotter cet immense marché – on rappellera que l’Indonésie est le 4e pays le plus peuplé au monde – en les privant des sorties des quelques plus gros blockbusters de l’été. Si le blogue Indonesian Movie Crisis, tenu par un amateur de superproductions fâché, annonçait dans un de ses derniers posts que la crise semblait en voie de se régler, deux observations peu encourageantes restent tout de même à faire. D’abord que la simple idée qu’un autre pays puisse avoir un cinéma en santé grâce aux dividendes qu’il pourrait retirer de l’exploitation sur son territoire de films hollywoodiens donne un urticaire si puissant aux studios que ceux-ci préfèrent utiliser des moyens de pression dignes des pires thrillers. Ensuite que les spectateurs semblent préférer se mobiliser avec rage pour défendre leur droit à se goinfrer de pop-corn devant Transformers 3 plutôt que d’encourager des mesures prises pour défendre leur propre production nationale. Allez savoir laquelle des deux est plus déprimante. 

Bon cinéma 

Helen Faradji  

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