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LA VÉRITÉ - critique d'Anne-Marie Auger

2011-08-18

C'EST MA FAUTE, C'EST MA FAUTE, C'EST MA TRÈS GRANDE FAUTE...

    L’adolescence a longtemps été un sujet négligé par le cinéma québécois. Pourtant, depuis quelques années, certains réalisateurs sont arrivés à saisir le ton juste pour ne pas tomber dans l’écueil du cliché du jeune adulte : on pense entre autres au travail d’Yves-Christian Fournier (Tout est parfait, 2008), de Rafaël Ouellet (Derrière moi, 2009), de Simon Galiero (Nuages sur la ville, 2009) ou d’Henry Bernadet et Myriam Verreault (À l’ouest de Pluton, 2008). Avec La vérité, son deuxième long métrage après La lâcheté (2006), Marc Bisaillon peut désormais se targuer de dépeindre lui aussi un portrait sensible et complexe du monde de l’adolescence. Si Bisaillon relève le défi de l’authenticité, son film souffre cependant d’un excès de moralité en offrant une ligne de lecture univoque du cas de conscience.

    Deuxième opus d’une tétralogie sur la conscience coupable, La vérité raconte comment, un soir d’hiver, Yves (Émile Mailhiot) et Gabriel (Pierre-Luc Fontaine) provoquent accidentellement la mort d’un homme après être entrés par effraction dans une maison voisine. On pourra dire que La lâcheté et La vérité trouvent leur source dans le même sentiment. Dans les deux cas, le tissu social, trop homogène, devient source d’angoisse pour quiconque a quelque chose à cacher. Bisaillon y oppose également avec brio la léthargie si typique aux adolescents (des corps longs et hésitants, des regards fuyants) au rythme de la danse et du sport. La scène d’ouverture, où Gabriel danse avec sa mère sur une musique de Brahms, est étonnante : le corps gauche de l’adolescent semble alors si fluide, si léger. On retrouve cette même attitude, ce même excès dans le geste, lorsque Yves et Gabriel se mettent à tout casser dans la maison dans laquelle ils ont pénétré par effraction. C’est une énergie folie – presque accidentelle – qui semble les pousser au crime.

    Les récits de Marc Bisaillon se bâtissent à partir d’un conflit entre principes moraux : dire la vérité, avouer un secret, punir un délit. On pourra reprocher à Bisaillon un ton étrangement candide pour la lourdeur du sujet exploré dans ses films. Entre conte moral et récit moralisateur, la ligne est parfois mince. Mené par des antagonismes trop appuyés, le récit verse ainsi à certains moments dans une prise en charge du spectateur. La lâcheté, qui racontait les tourments d’un fossoyeur impliqué malgré lui dans une histoire d’enlèvement qui tournait mal, avait le même défaut : en soulignant les caractères à grands traits, on donne l’impression de vouloir tenir le spectateur par la main. Le thème récurrent de la faute, du manquement moral, n’est pas étranger à notre héritage judéo-chrétien : les crimes ne restent jamais impunis et les criminels sont inévitablement rongés par la culpabilité. Ainsi, on sort du visionnement de La vérité en se rappelant que l’économie est souvent payante au cinéma : les meilleures œuvres savent en dire moins et laisser au spectateur le soin de trancher lui-même certains dilemmes.

Anne-Marie Auger

Cet article est initialement paru dans le numéro 151 de la revue 24 Images.

La bande-annonce de La vérité: