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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

UNE QUESTION DE DÉSIR

2011-08-18

    Inutile de le nier, la relation entre un spectateur et un festival de cinéma n’est, et ne peut qu’être affective. Il y a bien sûr une bonne part d’habitude aussi, l’être humain étant ainsi fait qu’il aime à retrouver ses pantoufles. Mais de façon générale, on aime, ou pas, un festival comme on aime, ou pas, un être humain. De façon sûrement irrationnelle, mais surtout parce qu’il y a au cœur de cette relation émotive une immense part de désir. 

    Tout le travail des festivals est alors d’arriver, année après année, à susciter de nouveaux désirs tout en en renouvelant les premiers émois. Pas une tâche facile, on l’accorde. Mais chaque année, la même valse recommence. L’affiche saura-t-elle donner envie? Les mots choisis des campagnes de promotion sauront-ils dire le bon message? L’accent mis sur tel aspect plutôt qu’un autre saura-t-il évoquer assez sans toutefois tout en dire? Le dosage, encore le dosage, toujours le dosage.

    Mais au-delà de ce qu’un festival peut lui-même maîtriser, il y a ces impondérables. Ces composantes d’un festival qui doivent, à tout prix, créer du frisson, de l’attente, de la convoitise. En tout premier lieu, les films. Cannes est devenu Cannes parce que chaque mois de mai est devenu, même pour ceux qui ne mettront pas les pieds sur la Croisette, le mois des révélations. Le mois où le baromètre de l’année cinéma à venir se fixe au beau temps ou au crachin. Venise refait le coup en août, en mettant sur la carte de la wish list mondiale ce qu’il lui manquait encore. Berlin, en février, ouvre les appétits en proposant des amuses bouche. Et Toronto, en septembre, fait dans le grandiloquent pour que les paillettes brillent de tout leur éclat jusqu’à la prochaine cérémonie des oscars. Et Montréal là-dedans?

    Fut un temps, comme s’en souvenait avec pertinence Marc-André Lussier cette semaine sur son blogue où le Festival des Films du Monde avait lui aussi sa place sur le grand échiquier mondial des affolements et des envies. Un film s’y lançait, devant une foule de spectateurs ravis, et le bouche-à-oreille, cette rumeur si importante à la vie future des films en salles, pouvait y naître avec tout ce que cela comporte de projections et d’anticipations. Aujourd’hui, le Festival des Films du Monde fait la course aux chiffres en annonçant très fièrement présenter 383 films de plus de 70 pays, comme si désormais le nombre des films présentés était devenu un atout (vous pouvez vous y frayer un chemin grâce aux suggestions de Marcel Jean qui a eu le courage de farfouiller dans cet amas incohérent). Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, un festival, ce n’est pas un champ où aller cueillir des pommes. On ne paye pas au kilo et plus on en ramasse ne garantit pas que la compote sera bonne.

    Viennent ensuite les lieux. Susciter le désir, c’est aussi savoir investir un lieu de rassemblement, chaleureux et convivial où tous pourront se donner rendez-vous. Et même si l’Impérial, peut-être une des plus belles salles en activité à Montréal, est assurément un choix compréhensible, il reste une salle fantôme, vivotant dans la poussière et les toiles d’araignée ne s'animant que le temps de quelques grands raouts. Pour un lieu vivant, temple du cinéma, gardien de la mémoire et abri des futures grandes pousses, on repassera donc. Ceci sans parler des conférences de presse des invités données dans les salons d’un grand hôtel proche, franchement peu adaptés à la joie de vivre et au partage. Seul atout du festival dans ce domaine, ses projections en plein air sur l’Esplanade de la place des Arts qui font encore entrapercevoir l’ombre de ce que le FFM a pu être.

    Des films trop nombreux, des lieux sans âme, une atmosphère au mieux pleine d’un esprit de résistance, au pire moribonde… le FFM peut-il alors compter sur ses événements pour enfin donner à ses spectateurs le sentiment d’assister à des moments privilégiés, le désir de venir y étancher sa soif cinéphile? Un hommage à Catherine Deneuve à qui on remettra un grand prix des Amériques sans jamais annoncer sa venue? Une classe de maître de Claude Lelouch dont les films sont pourtant devenus plus amateurs que jamais? Avouez que pour le punch, pour le rare, pour le précieux, ça manque de panache. Heureusement, les coups de cœur de Bertrand Tavernier (les 20, 21 et 22 août pour deux programmes – les oubliés du cinéma français et les films noirs méconnus) viendront, on l’espère, combler quelque peu le trou béant.

    Mais de désir, de réel, non, il n’y en a pas. Et il n’y a rien de plus triste qu’un amour sans désir. 

Tous les renseignements sur le FFM au http://www.ffm-montreal.org/

Bon cinéma 

Helen Faradji




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